Exposé non sérieux : L’inspiration


L’inspiration est la phase de la respiration qui consiste à remplir ses poumons avec de l’air.

Une fois la blague de merde évacuée, rentrons dans le vif du sujet. L’inspiration, c’est ce que cherche tout artiste, surtout les humoristes qui ont du mal à ne pas plagier leurs confrères plus drôles et plus originaux. Par extension, nous pourrions rajouter à cela une part de motivation inhérente à l’inspiration : être inspiré à faire quelque chose, c’est aussi être motivé à le faire.

Il se trouve que, moi-même, je fonctionne beaucoup à l’inspiration. C’est notamment le cas lorsque je dois écrire des articles pour Parabole. Soyons clairs : il ne suffit pas de piocher un sujet dans les rapports de jury de l’ENS pour écrire un article, il faut trouver de la matière à disserter (enfin, disserter…). C’est là que se met en place une lutte sans merci avec mon inspiration…

Un joli piège dans lequel je pourrais tomber est un mélange de déni et de procrastination. Une fois que j’ai rendu un article, le relâchement s’opère. Je me dis que j’ai largement le temps pour réfléchir à un nouvel article et que je peux me consacrer à d’autres activités comme m’entraîner sur ma guitare, écrire des articles pour mon propre blog ou faire top 1 à Fortnite (et si vous ne voyez pas de quoi je parle, voilà la preuve de l’inutilité d’accomplir cette tâche). C’est bien connu : quand on est étudiant, en plus de celles qu’on nous donne, on s’impose beaucoup de responsabilités parce qu’on a on a trop d’ambition pour peu d’énergie. Je finis par m’en rendre compte quand notre Sergente nous rappelle à l’ordre au milieu du mois : « N’oubliez pas la deadline ! ».

Vous vous souvenez de Bref. ? Comme Demain, Jamais, la Solitude et la Liberté, je vous présente la Panique. Vous avez tous un pote un peu lourd qui vient derrière vous pour vous faire sursauter avec un pauvre « BOUH ! » et se barre en courant très vite tout en ricanant. La Panique fait pareil dans ce genre de moment où quelque chose vient vous rappeler le poids de vos responsabilités. Respire…

Ainsi, il s’agit pour moi de m’y mettre, sur ce prochain article. Vous l’aurez sans doute compris, mes articles prennent leur inspiration dans mon vécu et les petites expériences que je fais de la vie. La première étape consiste alors à fouiller dans les rapports de jury pour trouver les sujets qui correspondent à ces tranches de vie qui vous font tant rire…ou pas… Faisons un petit détour par mon esprit à cet instant :

« Bon allez, j’ai trois rapports à disposition, je vais bien finir par trouver un sujet… Alors, la semaine dernière, par exemple, j’ai enchaîné connerie sur connerie… J’ai renversé de l’eau par terre, du café sur la moquette… Je sais, trouver un sujet pour montrer qu’on peut passer des journées de merde… Fort potentiel comique, ça… Alors… L’attention… Bof, hors sujet… La honte… Hm, à la rigueur… La fatigue… Bah c’est parfait, ça !… On peut passer une journée de merde en accumulant les conneries parce qu’on est trop crevé… Allez, ça part là-dessus ! »

C’est là qu’apparaît un nouvel être : l’Inspiration, un petit personnage qui viendra me chuchoter des idées à l’oreille pendant que je rédige. Enthousiaste, je m’y mets sans tarder. L’intro est vite expédiée : un paragraphe suffit amplement, je ne tente pas une troisième fois l’ENS. J’attaque le corps de l’article, mais il y a un hic :

« Bon alors, là, je me pète la gueule dans les escaliers… Et là je renverse de l’eau par terre… Et… Merde, j’ai plus d’idée… »

L’Inspiration a en effet décidé de se barrer en courant de la même manière que la Panique, mais en me faisant des doigts d’honneur bien visibles en prime. Respire…

« Bon, je ne vais pas m’affoler, ça arrive… Je vais peut-être faire une pause… Parfois, il suffit de faire autre chose et ça repart… Si ça se trouve, l’Inspiration va même revenir… »

Nous en venons ainsi à un nouveau problème majeur : les distractions inutiles. Internet en est une mine.

« Bon, on va checker Facebook… Rien de neuf, pas de notification, pas de message… Hé mais, il m’a mis un vent, lui, j’en ai marre… Bon, Twitter… Ah, nouvel album de Meshuggah annoncé, génial… Haha, trop marrant, le petit chien… Ouais, rien de bien neuf… Sur Facebook, non plus ?… Non plus… C’est déjà la demie !… Bon, une petite vidéo sur Youtube, ça peut pas faire de mal… 5 minutes, ça le fait… Hé mais, Wankil Studio a sorti une nouveau montage… 20 minutes, quand même… Bon allez, c’est qu’une vidéo… »

20 minutes plus tard…

« Ahlala, ils sont quand même marrants, Laink et Terracid… Hé mais, ils ont aussi fait ce jeu-là… Sur la chaîne de McFly et Carlito, en plus… Bon, vite fait… »

45 minutes plus tard…

« Ca va, ça leur va bien les cheveux rouges… Bon, quelle heure il est, là ?… 21 heures, déjà ?!… Elle tarde, l’Inspiration… Vaut peut-être mieux pas que je compte sur sa venue, en fait… Bon allez, je vais me coucher, elle reviendra peut-être demain… De toute façon, je suis claqué… »

Evidemment, le lendemain, je ne me suis pas remis à travailler sur mon article. Ni le surlendemain. Ni pendant la semaine. Jusqu’à ce que je reçoive ce message de la Sergente :

« Bon, Juju, il avance, ton article ?
– BOUH ! »

La Panique passe par là pour me faire tomber de ma chaise. Une fois sur pied, je tombe à nouveau puisque cette déconneuse de Panique a trouvé drôle de retirer ma chaise de bureau avant que je puisse m’assoir. Respire…

Et là, c’est le drame : je commence à douter, à me poser des questions. Suis-je vraiment fait pour cette rédaction ? Suis-je encore capable d’écrire ce genre d’articles ? Sans compter que les autres rédacteurs rendent des écrits tous plus brillants les uns que les autres. La Panique est toujours dans un coin, prête à me faire sursauter à la moindre mise à jour sur le site. Ô RAGE, Ô DESESPOIR, Ô… Je m’emporte…

Je ne me démonte pas et je m’y remets. Je jette les distractions, je ligote la Panique et je pose un petit fromage à côté de moi pour attirer l’Inspiration. Pourquoi du fromage ? Et pourquoi pas ?

Au diable « La fatigue », c’est clairement pas ce sujet qui va faire venir l’Inspiration. Je cherche dans les rapports, je trouve. Puisqu’écrire au fil de l’inspiration ne marche pas, on va procéder autrement : j’attrape au vol les petites idées qui me viennent à l’esprit que je mets sur papier de manière désordonnée, on organisera plus tard. J’entends le murmure de l’Inspiration qui approche de plus en plus jusqu’à ce que…BINGO, je sais ce que je vais écrire ! Les idées circulent sans problème, l’Inspiration me chuchote des phrases sans arrêt. Je ponds un article en quelques heures, fier de ma performance et enthousiaste à l’idée de montrer ce que j’ai fait aux autres membres de l’équipe. Ni une ni deux, je le mets sur notre Drive et je tape un check à l’inspiration.

Une semaine plus tard, je vois que j’ai quelques notifications sur ma boîte mail : certainement des commentaires de la part de mes collègues, chargés de relire ce que j’ai produit. Cependant, les retours ne sont pas exactement ceux auxquels je m’attendais… :

« Mouais, pas mal, j’ai vu mieux…
– Mais c’est de la daube, ton article, j’ai pas ri une fois !
– J’ai vaguement soufflé du nez quand tu te pètes la gueule, mais sans plus…
Tu connais Laink et Terracid ? ».

La Panique et l’Inspiration sont bien présentes. L’une joue du violon, l’autre me tend un paquet de mouchoirs pour sécher mes larmes… Non, en fait, elles ricanent toutes les deux, me font des gros doigts d’honneur et se barrent en hurlant à l’unisson : « CHEH ! ».

Bref, l’Inspiration reste assez difficile à saisir. Parfois elle est là, parfois elle est pas là, parfois elle est caché dans un coin mais vous la voyez pas, parfois elle est sous votre nez et vous l’ignorez. Une sorte de partie de cache-cache aux conditions aléatoires. En tout cas, s’il y a bien un endroit où il ne faut pas chercher l’Inspiration, c’est dans cet article.

El Juju

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