Virginie Despentes est une femme à plusieurs casquettes : écrivaine, réalisatrice, traductrice ou encore critique journaliste ; elle brille sur plusieurs fronts ! Connue pour ses écrits subversifs et son style oral, brutal et acéré, Virginie Despentes est une figure importante d’un féminisme bien particulier en France.

Quelle histoire de vie derrière cette autrice ?

Née en 1969 à Nancy, le nom « Despentes » vient du fait que Virginie a emménagé à Lyon à 17 ans dans le quartier de la Croix-Rousse, situé en haut d’une colline et donc bien connu pour ses pentes, qu’elle apprécie tout particulièrement. Initialement en école de cinéma, elle va rapidement arrêter pour enchaîner les petits boulots.  Elle emménage à Paris à 24 ans.

Ce qui est très particulier chez Despentes c’est son rapport à la sexualité : violée à 17 ans alors qu’elle était prise en stop par un groupe d’hommes, elle se prostitue ensuite pendant 2 ans avec la volonté de se réapproprier son corps. Elle va également être critique de films pornographiques.

Sa carrière commence en 1994 avec son roman Baise-moi, qu’elle adaptera avec l’actrice pornographique Coralie Trinh Thi. Malgré les polémiques liées au film, l’œuvre de Despentes va suivre son cours avec la publication d’Apocalypse bébé, Vernon Subutex ou encore son livre/essai autobiographique le plus connu : King Kong Théorie.

Parlons un peu de King Kong Théorie

Même si King Kong Théorie a vocation à être un essai, il n’a pas un propos savant ou didactique, mais il s’appuie sur la vie et l’avis de Virginie Despentes pour élaborer et défendre des théories féministes. Elle y évoque des théories générales liées à ses lectures ou encore des sujets plus personnels, en rapport avec son expérience, notamment concernant le viol ou la prostitution. Elle met également en exergue des questions concernant le genre et son étude sociologique plus largement en différenciant :

  • le genre qui concerne un rôle prédéfini par la société des femmes et des hommes
  • le sexe qui est biologique : mâle ou femelle

Aujourd’hui, on se pose de plus en plus de question par rapport à ce binarisme que Despentes récuse. Elle explique que ce qui est dangereux n’est pas les « hommes » en soi, mais l’image masculine du prédateur et de cette catégorie qu’on enchaîne dans des normes sociales.

La question du viol chez Despentes

Le viol est un sujet récurrent chez Despentes, présent dans presque tous ses livres. Dans King Kong Théorie, elle en parle comme quelque chose qui aurait initié toute ses réflexions féministes. Elle va alors essayer d’en déconstruire l’image en l’imposant comme quelque chose de violent physiquement et/ou symboliquement car il est perçu comme un tabou, quelque chose de monstrueux (le texte date d’il y a quelques années mais, même si aujourd’hui on en parle plus, cette image-là reste dans l’imaginaire collectif).

La plus grande violence dans le viol, pour Despentes,  se situe au delà de l’acte en lui-même mais dans la honte que la société impose à la femme par la circulation d’images, de discours, poussant les hommes à ne même pas assumer leur acte. Despentes ne se considère pas comme une victime de son viol, elle essaye justement de renverser ce schéma de pensée et de transposer la femme de son rôle passif de victime vers autre chose. Ébranler, déplacer et questionner ce schéma mental est, pour elle, la meilleure manière de lutter contre ce fléau.

Dans un article de Marie Claire parlant de son dernier livre Vernon Subutex Tome III, la journaliste lui demande si elle en veut aux hommes. Despentes répond :

« Non, mais réveillez-vous les gars. Au moment de l’affaire Polanski, il y a eu dans la revue La règle du jeu un article qui commençait par : « Appréhendé comme un vulgaire terroriste. » Qu’est-ce que c’est un mec qui viole, si ce n’est pas un terroriste de la masculinité ? Il impose la masculinité avec une violence évidemment moins effroyable qu’un coup de kalachnikov dans ta gueule, mais quand même. Les mecs qui se sentent bien dans la rue, super-puissants, super les chefs, ça compte dans le processus de la terreur. Parce qu’on sait toutes qu’on peut être violées. Avec les attentats on a découvert qu’on n’est en sécurité nulle part. Nous, les filles, on a toujours su qu’on n’était en sécurité nulle part. »

Comme quoi, même si la parole se délie sur cette question, elle est loin d’être réglée aujourd’hui.

Sergente Garcia