Le mystère Interpol

Interpol est connu de tous, ce nom évoque des interventions musclées, des hommes armés qui traquent avec hargne la criminalité mondiale. Mais qu’en est il vraiment ? Les journalistes se rendent vite compte que l’organisation est surtout remplie de bureaucrates et que ses ambitions se heurtent à un problème de taille : le manque de moyens.

Pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce documentaire, il faut revenir aux fondements de la création de cette Organisation Internationale de Police Criminelle.  Interpol a d’abord été créé pour faciliter une coopération entre les polices du monde entier et partager des informations entre états membres pour permettre plus d’arrestations. Sa devise est d’ailleurs assez parlante, « relier les polices pour un monde plus sûr ».

Pour faire fonctionner la structure il faut compter sur une participation financière de chacun des 192 pays membres. Malheureusement ces donations sont trop peu importantes. Avec un budget de 127 millions d’euros en 2017 (pour donner une idée le FBI a un budget d’un peu plus de 8 milliards de dollars, soit presque 70 fois plus qu’Interpol), Interpol manque cruellement de moyens et se voit obligé de revoir ses ambitions à la baisse. Cela entrave donc le bon fonctionnement de l’organisation et va laisser place à des pratiques discutables…

Un changement de cap

En 2000 c’est Ron Noble qui va devenir secrétaire général d’Interpol et qui va opérer un changement de cap considérable. En effet, invité sur les plateaux télévisés, il clamera qu’il a besoin d’1 milliard de dollars pour faire avancer les choses. Ces ambitions affichées seront donc le moteur d’un nouveau mode de fonctionnement d’Interpol : celle de contracter des accords avec des partenaires privés. C’est en 2011 que l’Organisation signe un contrat de 20 millions de dollars avec la Fifa pour lutter contre les matchs truqués. C’est la première fois qu’il y a un accord avec une entité privée et cela fait grand bruit. Suivront alors, comme l’explique très bien le documentaire, des contrats avec Philip Morris, Sanofi et même des liens douteux avec des pays comme les Emirats Arabes Unis.

Ce changement de cap inquiète, à raison. En effet la question est de savoir si Interpol est toujours capable de tenir son rôle d’organisation pour la coopération mondiale. Suite aux multiples contrats signés avec des partenaires privés et les liens amicaux tissés avec certains pays (liens amicaux qui se traduisent par une aide financière), beaucoup se demandent si Interpol est aujourd’hui capable de continuer à chasser le crime avec neutralité et en échappant à la corruption.

C’est ce à quoi essaye de répondre le documentaire : Interpol est-il une police sous influence ?

Pourquoi est-ce un documentaire nécessaire ?

Interpol est l’une des seules organisations d’ordre mondial qui se trouve à Lyon. C’est aussi une des raisons qui a poussé les deux journalistes à s’intéresser de plus près à un sujet qui avait été très peu analysé jusque là. Ce travail d’enquête a duré pas moins de 5 ans, pour trouver de la documentation, des témoignages, des preuves, indispensables pour pouvoir publier. Durant ces 5 ans, de nombreux articles ont été publiés sur Mediapart ou Lyon Capitale. Un travail journalistique considérable donc et qui a donné lieu à un documentaire. Ce travail fouillé est visible durant le visionnage, le rythme est dense mais cela donne à voir avec brio les dessous de l’organisation et les liens d’influence parfois suspects. Il y a également beaucoup de témoignages d’ancien.nes et d’ actuel.les empoyé.es (comme le secrétaire général Jürgen Stock). Le fait d’avoir pu ainsi rentrer dans Interpol et d’avoir donné un droit de réponse est très intéressant et évite de tomber dans le « journalisme spectacle ».

Mathieu Martiniere et Robert Schmidt font tous deux partis du collectif We report, un collectif de journalistes indépendant.es et engagé.es. Donner de la visibilité au documentaire Interpol, une police sous influence ? c’est aussi encourager un journalisme de fond, sans concession. Cela redonne un peu d’espoir face à la vision très négative dont souffre le monde des médias aujourd’hui.

 

Le documentaire est à voir sur Arte le mardi 20 mars 2018 à 20h50 et à revoir en replay sur le site d’Arte !

Sources – pour aller plus loin :

http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Autre-contenu/Les-dossiers-Lyoncapitale/L-immoral-financement-d-interpol

 

https://www.mediapart.fr/journal/international/270913/interpol-fait-la-police-pour-lindustrie-pharmaceutique

 

https://www.arte.tv/fr/videos/061744-000-A/interpol-une-police-sous-influence/

 

https://www.wereport.fr/articles/interpol-une-police-sous-influence/

 

https://www.interpol.int/fr/Internet

Doé