Trepalium, série tremplin vers des problématiques contemporaines  

C’est ce dont nous parle la série Trepalium, créée par Antarès Bassis et Sophie Hiet, diffusée sur Arte l’hiver dernier. Le nom choisi par le réalisateur nous montre le ton de la série alors que nous n’en avons pas encore vu les premières images. « Trepalium » est le mot latin duquel est issu ce qu’on appelle communément aujourd’hui le « travail ». Cela signifie souffrance physique et morale, plus simplement nous pouvons rattacher ce terme aux notions de torture, peine et fatigue.

Aujourd’hui, la série n’est composée que d’une seule saison de six épisodes qui propose une analyse sociologique dystopique d’un monde où les Hommes ne se définissent que par le travail. Lors d’une crise économique majoritaire, le gouvernement décide de construire un mur séparant les actifs (travailleurs), des zonards (chômeurs). Le monde des actifs est beau, propre, ils ne manquent de rien, tandis que la « zone » est pleine d’insécurité. La denrée la plus rare et la plus chère est l’eau car ils ne peuvent boire que celle filtrée par l’entreprise Aquaville. Le reste de l’eau est pollué et entraîne la mort. Le gouvernement livre gratuitement des caisses d’une drogue appelée le CitySkulls, qui fait oublier la soif. Ainsi, nous voyons évoluer tout au long de la série une mère (Izia) et son fils, issus de la zone. Une mesure du gouvernement pour calmer les zonards a créé 10 000 emplois solidaires en plus des 20% d’actifs de la population. Izia est prise à l’un de ces postes. C’est l’occasion pour elle de gagner assez d’argent pour essayer de s’enfuir dans le sud avec son fils mais des complications vont lui montrer que la situation n’est pas si simple, même chez les actifs…

La culture du burn out

Nous nous rendons vite compte que la vie des actifs s’apparente à de la torture. Il ne faut pas craquer, travailler sans cesse pour ne pas se faire licencier. Les rapports sont totalement déshumanisés et cela dès l’enfance. Très jeunes, les enfants d’actifs doivent se montrer aptes aux compétences pour devenirs actifs à leur tour. Tout le monde doit constamment être à la hauteur et aucune forme de faiblesse ou de différence n’est acceptable. Beaucoup de travailleurs finissent par se suicider lorsqu’ils sont au bord du licenciement ou tout simplement en burn out.

Ceci met en évidence les problèmes sociétaux auxquels nous faisons face aujourd’hui. Les entreprises doivent être de plus en plus compétitives avec la mondialisation et la compétitivité qu’offrent les pays comme la Chine, bafouent les droits des travailleurs (beaucoup d’heures de travail pour un salaire misérable, emploi d’enfants etc). Plus de trois millions d’actifs français étaient au bord du burn out selon un article du Monde en 2014. Cela nous montre à quel point le rapport que nous avons au travail n’est pas sain. En effet, pour un grand nombre de personnes, c’est une source de stress considérable qui peut amener à de sévères dépressions.

De plus, le processus de recrutement montré dans la série appuie cette logique. C’est une procédure de plusieurs jours qui met quelques individus en compétition pour avoir un poste. Trepalium accentue cet effet de lutte en impliquant d’une part la vie personnelle des candidats mais aussi les violences qui en résultent. Il y a souvent des assassinats durant les processus de recrutement pour écarter certains adversaires trop coriaces. Pour survivre dans le monde des actifs, il faut être prêt à tout : envoyer un ami dans la zone en le licenciant, tuer une rivale… Ceci peut mettre en lumière à quel point le fait de monter en grade dans une entreprise peut être une démarche complexe impliquant de mettre des barrières psychologiques pour obtenir l’affectation à un poste.

La disparition de l’école au sens physique du terme  

Pour finir, l’éducation dans Trepalium est un des sujets les plus alarmants.  Jusque très tard, les enfants des actifs ont un certain nombre d’exercices à faire sur une tablette. Ces travaux les préparent à un concours très sélectif pour entrer dans une école leur permettant de devenir actifs à leur tour. Il n’y a aucun système éducatif pédagogique dispensé par des enseignants, même dans la zone. De plus, les enfants nés dans la zone ne peuvent pas tenter ces concours, ils sont condamnés arbitrairement à vivre où ils sont nés. La plupart se mettent à errer sans but, voler ou se droguer pour donner une contenance à leur existence. Dans la ville des actifs, aucune seconde chance n’est possible. Si un enfant échoue au test, il est balancé dans la zone loin de ses parents. La notion de famille est totalement abstraite et encore une fois, déshumanisée.

Réveillons-nous

En quelques mots, cette série nous révèle de façon caricaturée à quel point notre société est en proie à un problème de fond en ce qui concerne le travail. Une crise économique ne justifie pas la déshumanisation totale et l’exploitation à outrance d’employés. Le travail n’est pas supposé être le seul moyen par lequel des êtres se définissent. Pour beaucoup, il s’agit seulement d’un moyen de subsistance bien qu’il devrait être un lieu où tout un chacun pourrait s’épanouir – car il est vrai que  nous y passons le plus clair de notre temps. Arrêtons cette chaîne de burn out, de souffrance, de compétition… Ne laissons pas la crise nous mener dans le monde dystopique de Trepalium.

Si vous ne l’aviez pas compris, cette série est à voir absolument. Les réflexions qu’elle pose nous permettent d’acquérir un nouvel éclairage sur les problématiques actuelles qui nous assaillent. Peut-être cela pourra faire réfléchir certains d’entre nous ?

Sergente Garcia