The Leftovers est une série réalisée par Damon Lindelof. Ce réalisateur est surtout connu pour la série Lost mais mériterait grandement une ovation pour cette deuxième œuvre qui, par bien des aspects, semble plus aboutie.

L’intrigue en quelques phrases

La série se déroule à l’époque contemporaine. Mystérieusement, 2% de la population mondiale disparaît. C’est un coup brutal, inattendu, qui ne laisse aucun indice sur où se sont retrouvées toutes ces personnes.

Sont-iels mort.es ? Sont-iels dans une réalité parallèle ? Un monde alternatif ? Une autre planète ? Pourquoi ces individus-là et pas d’autres ? Qu’est-ce qui a pu provoquer la disparition de 2% de la population mondiale et comment faire pour se reconstruire autour d’une question sans réponse ?

Ce sont les questions que pose la série autour de la famille du chef de la police d’une petite ville du comté de New York, Etats-Unis.

Un deuil impossible

Autour de plusieurs personnages qui ont plus ou moins perdu de proches, nous pouvons constater que c’est un deuil impossible auquel iels font face. Kevin, le personnage principal, chef de la police de Mapleton, lutte pour garder sa famille soudée quand toutes sortes de tentations sectaires apparaissent autour d’elleux. En effet, comme dans tous les deuils impossibles, il est facile de se tourner vers d’obscures croyances ou sectes qui nous aident à passer outre la souffrance ressentie.

Nous sommes dans le vif du sujet dès la première saison qui tourne autour de la secte des « Survivants coupables » dirigée par Patti Levin à Mapelton. Cette secte a pour but de rappeler au monde entier que 2% de sa population a disparu. Habillé.es de blanc, ses membres renoncent à utiliser leur voix, fument des cigarettes à outrance et vont se poster devant les maisons de certaines familles dans la rue, afin de se faire remarquer. Nous pouvons clairement voir la symbolique d’un refus du deuil car, par leurs actions, iels empêchent celleux qui sont resté.es de passer à autre chose, iels sont un rappel constant de celleux qui ont disparu.es.

Une autre croyance occulte tourne autour du personnage de Wayne qui est capable de miraculeusement faire disparaître la peine de celleux qui sont resté.es en les prenant dans ses bras. Cette fois, nous sommes plutôt dans une sphère de déni, d’échappatoire à cette peine. Etant incapable de faire leur deuil seul.es, les personnages  se tournent vers des solutions miraculeuses et onéreuses.

Des personnages en constant changement

Grâce à un certain nombre de personnages principaux, nous sommes capable de voir différentes façons de gérer ce deuil. La série aborde des thèmes tels que la mise en danger de soi pour se sentir vivant, la folie, le déni du deuil, la mise en souffrance perpétuelle, etc. Il est très intéressant de voir la façon dont évoluent les personnages du début  à la fin, de par les expériences qu’iels vivent durant les 3 saisons. La religion prend également une place importante, posant de réelles réflexions autour de Dieu, de la foi et de sa façon d’expliquer l’inexplicable.

En bref, c’est une série qui pose beaucoup d’interrogations, toutes plus intéressantes les unes que les autres, en utilisant des symboles forts qui remettent en question notre vision et interprétation du monde tout au long du visionnage.

Entre deux mondes

The Leftovers se place véritablement entre plusieurs genres. En effet, la série est à la fois ancrée dans la réalité et à la limite du fantastique à cause de faits inexplicables auxquels nous n’avons jamais véritablement de réponse. Nous nous situons donc complètement dans la définition du fantastique de Todorov, c’est-à-dire que nous sommes perdus dans le réel et l’irréel sans jamais savoir distinguer les deux. Tom Perrotta et Damon Lindelof arrivent à ce but avec un travail particulier sur la folie et sur les rêves qui permettent de nous plonger dans une tension, une atmosphère qui nous empêche de décrocher.

Si je peux me permettre un conseil rapide : ajoutez cette série à votre liste à voir, vous ne le regretterez pas. Ces trois saisons de 10 épisodes ont été une véritable découverte et source de réflexion pour ma part !

 

Sergente Garcia