Actuellement, Elena Ferrente n’a sorti que trois opus de sa saga : L’amie prodigieuse, Le nouveau nom et Celle qui fuit et celle qui reste. Ces livres racontent les destins croisés de deux amies, parfois ennemies. Le récit est écrit à la première personne et nous sommes donc plongé.es dans les pensées d’Elena Greco dès son enfance dans un quartier défavorisé napolitain. Nous suivons également de près le parcours de son amie Rafaella Cerullo qui va prendre un tournant totalement différent de celui d’Elena.

L’amie prodigieuse, un premier opus prometteur

Le premier opus de la saga va se contenter de raconter l’enfance et l’adolescence d’Elena et Rafaella. L’autrice nous plonge dans l’ambiance d’un Naples désoeuvré, où la pauvreté et l’insécurité règnent. Ainsi, les deux petites filles, pourtant douées à l’école, sont témoins d’un certain nombre d’horreurs avec lesquelles elles doivent composer. Entre croyances occultes et vérités cachées, le point de vue enfantin des deux jeunes filles est particulièrement intéressant. Nous pouvons ainsi découvrir sous un nouvel angle les problématiques des quartiers, notamment grâce à la présence de certains personnages symboliques tels que Don Achille Carracci. Cet homme est une figure centrale dans le premier roman, incarnant un mal absolu qui opère dans l’ombre. C’est une présence que même les petites filles sentent, il rôde comme un danger et est symboliquement considéré comme un monstre par elles. D’un côté, Elena et Rafaella ne sont pas capables de comprendre qu’il est en lien avec la mafia italienne, mais d’un autre, elles ont quand même la capacité de comprendre ce danger.

Une partie importante du roman est également dédiée à la lutte d’Elena pour continuer  à aller à l’école après la primaire  puisqu’elle a les capacité d’aller au collège et au lycée. Néanmoins, la plupart de ses camarades de classes arrêtent pour des raisons financières.  C’est par ailleurs le cas de Rafaella, malgré ses capacités de surdouée. Nous pouvons donc aussi voir à quel point l’éducation et la culture dans ces endroits sont absentes, et sont un luxe que pratiquement aucun.e des habitant.es de ces quartiers ne sont capables de s’offrir.

Le nouveau nom, un deuxième opus au cœur des luttes interpersonnelles

Le nouveau nom raconte la fin de l’adolescence et le début de la vie d’adulte d’Elena. Cette étape-là de sa vie est assez décisive, notamment car elle est confrontée à cette relation de dépendance toxique à Rafaella, qu’elle lutte pour réussir à l’école et doit travailler pour aider ses parents. Contrairement à L’amie prodigieuse qui pose une trame  de fond à l’histoire, ce deuxième opus développe les personnages et leurs relations interpersonnelles d’une façon inattendue et particulièrement réaliste.

Ce livre-là nous offre une vision très différente de la famille, de celle à laquelle nous sommes habitué.es. Il y a un lien très financier entre ses membres et aussi une grande question à propos du respect et de l’honneur. En effet, c’est dans cet opus que l’on peut apercevoir toute cette différence de culture des milieux défavorisés et notamment quand ceux-ci sont dirigés par une ou deux familles impliquées dans la mafia.

Celle qui fuit et celle qui reste, la découverte d’un autre monde

Le troisième opus est particulièrement intéressant car il nous montre la vie d’adulte d’Elena et de Rafaella qui sont à l’opposé. Nous pouvons tout de même remarquer que rien n’épargne l’une comme l’autre. Même si leurs problèmes sont très différents, leur vie respective pose des questions très importantes sur la façon dont le reste du monde réagit par rapport aux personnes venant de quartiers défavorisés.

Celle qui fuit et celle qui reste a un aspect beaucoup plus politique que les deux autres, on peut même lire un côté militant entre les lignes. Autant par le fait qu’il prend place au cœur de mai 68 que par les sujets qu’il traite, passant du féminisme à la dureté des milieux éditoriaux. Néanmoins, les figures idéologiques centrales exposées avec une acuité et une vérité poignante sont en rapport avec le communisme et le traitement des travailleurs/euses dans les usines.

Une écrivaine de talent

Elena Ferrente nous montre dans ces trois livres une Italie en pleine effervescence d’un point de vue encore peu exploré. Son personnage principal est particulièrement attachant et bien écrit. Une fois qu’on est vraiment entré.e dans l’histoire, il est difficile de se décrocher de ce qui arrive à Elena Greco. Un certain lien se crée entre le lecteur et le personnage que j’ai rarement expérimenté en lisant un livre (et pourtant je lis vraiment beaucoup) !

De plus, tous les personnages sont complexes, intéressants et profonds. Le danger dans ce genre de livre est de tomber dans le cliché, le cliché de la misère et de la pauvreté, le cliché de celle qui réussit à en sortir. Néanmoins, de toutes les pages écrites par Elena Ferrente, aucune ne m’a paru caricaturale. Aucune n’était surjouée, aucune ne semblait fausse. Rien n’était attendu. Ces romans racontent la vie, au-delà de celle d’Elena Greco, ils racontent la vie des quartiers et de toutes les différentes personnes qui les peuplent.

Bref, j’attend avec impatience le dernier opus de cette série de romans, de voir ce qu’Elena Ferrente nous réserve encore !

 

Sergente Garcia