Personal Shopper est un film réalisé et scénarisé par Olivier Assayas, dans lequel il met en scène la mort. Il nous rapproche doucement des esprits, par l’intermédiaire de sa protagoniste endeuillée. Le réalisateur aime particulièrement le silence et une certaine solitude physique et sociale, qu’il avait déjà mise en scène au milieu des Alpes, dans Sils Maria. Ici, le vide est d’autant plus confiné qu’il se passe dans les maisons et appartements parisiens. On ne sent plus le vent des montagnes et pourtant, il y a ce courant d’air et ces fenêtres grinçantes.

La fin, aide aux nouveaux départs

Dans Personal Shopper, une femme appelée Maureen a vécu la mort de Lewis, son frère jumeau. Il se savait condamné depuis de nombreuses années par des problèmes de cœur. Il croyait aussi en l’existence après la mort ou plutôt à l’errance de l’âme et aux esprits.

Comme des jumeaux le font souvent par leur proximité, Maureen et Lewis se sont promis une chose, un instant, que la sœur guette depuis des mois. Elle attend le signe de son frère, juste un geste, qui viendrait de l’autre côté.

En voyant Maureen pour la première fois, on l’observe dans sa vie et dans son attente. Une attente qu’elle expose à qui veut l’entendre, même si peu peuvent ou veulent la comprendre. De son côté, elle ne sait pas vraiment quoi espérer, quelle manifestation convoiter. On l’entend parler d’un signe, d’une preuve que son frère est là, à proximité. On devine un besoin primaire, celui de revoir un être cher qu’on lui a presque arraché, de sentir une dernière fois sa présence.

On se met alors à vivre avec elle. Son boulot dans un Paris de luxe qui lui prend du temps, lui fait oublier légèrement son frère. Les va-et-vient dans les transports la rendent mélancolique et marquent son visage de cernes qu’elle ne cherche même pas à cacher. De temps à autre, elle rencontre de nouvelles personnes, comme cet homme d’affaires, dans le salon de sa patronne. Puis elle sort son portable, elle a reçu un message. L’interlocuteur dit la connaître, alors qu’on le voit affiché en unknown.

C’est à ce moment que des questions apparaissent. On ne sait pas qui est cette personne, mais Maureen lui répond. On serait tenté.e d’oublier la question des esprits mais la mort de Lewis est toujours présente. On se demande alors si ce n’est pas ce fameux signe tant attendu. Mais dans l’écriture, la discussion prend un sens différent. Le message est-il envoyé aux spectateurs.ices, en même temps qu’à Maureen ? Dans tous les cas, il n’y a qu’elle qui puisse répondre. Malheureusement pour nous, nous ne sommes pas dans la réalité de cette femme, nous ne pouvons lui dicter ses gestes. C’est elle, sa personnalité et le rythme avec lequel elle manipule son portable, qui répond encore au message ; ou bien s’est-elle arrêtée d’en envoyer ?

Seul.es, certains.es ont besoin d’un miroir

Souvent, c’est dans le hors-champ que les films nous permettent d’imaginer. Préférant cadrer le visage des protagonistes et jouant sur les sons, les réalisateurs.trices préfèrent ne pas nous montrer l’horreur en face. Ils/Elles nous imposent une réalité qui nous laisse dans le mystère. Des mystères que notre imagination comble aisément, même si l’on aimerait avoir des réponses. Voir les étrangetés directement de nos yeux, a quelque chose de rassurant. Dans le film d’Olivier Assayas, l’interprétation personnelle est présente, mais pas forcément là où nous la pensons.

Dans Personal Shopper, l’image et le son se limitent au personnage principal et à ses sens, que nous suivons tout le long du récit. Nous entendons et ressentons ce que Maureen voit et entend, nous donnant une réalité tronquée. Une réalité manipulée par les émotions et les sentiments d’un personnage qui prend entièrement le film, qui est toujours là, présent dans la pièce et nous guide. Suivant Maureen à chaque instant, certains.es seront en perpétuelle remise en question des événements qui ont lieu, pendant que d’autres, plus hésitants sur les réalités de notre monde et sur l’existence des esprits, palpiteront à chaque instant avec le cœur de Maureen.

Des mystères maîtrisés par un Olivier Assayas qui tient à nous parler des croyances que nous avons tous, d’une réalité qui est forcément altérée par notre perception de celle-ci. Nos croyances et notre imagination en disent plus sur nous que sur la vérité elle-même. Une vérité que l’on voudrait brute, mais qui ne l’est pas car notre esprit l’a déjà modifiée.

Ce n’est pas l’existence -ou pas- des esprits qui est importante, c’est de voir comment, par notre croyance ou notre non-croyance de ces derniers, notre vie va changer. Notre solitude en sera-t-elle plus grande ? Tout au long de l’oeuvre, ce que disent les personnage des esprits peut alors paraître plus important que de savoir si oui ou non Maureen finira par recevoir un signe. Puis, finalement, si elle en reçoit un, qu’est-ce qui nous dit que ce n’est pas juste elle et ses larmes, qui l’ont trop fortement rêvé ?

Atchoum

Sources :

Les images : http://www.filmsdulosange.fr/fr/