Les Chroniques du Désert rouge

Parler de cinéma, de films que l’on a vus récemment, que l’on a plus ou moins aimés, ce sont des choses communes. Entre ami.es, dans un cercle que nous connaissons bien, nous apprécions des œuvres, parfois différentes, parfois différemment, mais en gardant un certain regard commun. La qualité d’un cercle restreint est aussi son défaut, c’est un confort car peu de gens nous y contredisent, mais aussi une tare, car nous sommes rarement dépaysé.es. Il serait donc dommage de rater une nouvelle vision, une nouvelle manière de voir le cinéma quand elle se présente à vous, à moi.

C’est là qu’intervient la Chronique du Désert rouge. Il n’est pas mon ami, au départ il n’avait pas de visage, il n’était qu’une voix et un élégant montage vidéo. Le Désert rouge est un inconnu qui s’est mis à parler de Cinéma car il l’aime, et parfois différemment de moi, souvent même. Il parle de films qui me sont étrangers, parfois pas. Les Fils de l’homme me semblait être un assez bon film, mais sans plus. Après la Chronique, j’y ai vu autre chose, une force que j’appréhendais à peine, que j’avais du mal à saisir. Le Désert rouge m’a fait avancer, je vois grâce à lui de nouvelles qualités comme de nouveaux défauts aux œuvres que je regarde, comme à celles que je regarderai.

Le Désert est reposant, à un moment où le son et le montage des vidéos se font plus énergiques. J’aime cette rapidité, ces informations et cette culture toujours plus accessible, au point où les choses que l’on peut qualifier de lentes en deviennent ennuyantes. Le ton de ses chroniques ne me fait pas cet effet. Au contraire, j’aimerais qu’encore un peu plus, il m’aide à me poser, à savourer la caméra des nombreux réalisateurs et réalisatrices qu’il a eu l’intelligence d’étudier.

En vérité, je crois que je me mets à aimer le Cinéma comme lui, que d’une certaine façon il devient mon ami. J’ai l’impression qu’à force de l’écouter, il rentre dans mon cercle fermé et confortable. Ça me fait légèrement peur. S’il devient trop proche, si je l’écoute trop, il ne pourra plus me dépayser… Secrètement donc, j’espère qu’il me repoussera, qu’il changera juste d’un peu pour toujours me surprendre. J’espère qu’il ira plus loin dans sa forme, pour que je ne puisse jamais tout savoir de lui et de ce qu’il a à me dire. Il est un très bon ami, que je ne souhaite pas avoir.

 

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Atchoum

Source: L’image de Une est l’affiche du film Le Désert rouge de Michelangelo Antonioni.