Dee Dee Blanchard, une maman connue dans le quartier pour son infini dévouement à sa fille Gypsy, lourdement handicapée, est retrouvée morte chez elle. Gypsy Rose est introuvable. Et la scène est glauque : Dee Dee à été assassinée à l’arme blanche, dans son lit, pendant qu’elle dormait.

Sa fille, est finalement retrouvée.

Une vie de mensonge :

Gypsy Rose Blanchard s’est enfuie avec son petit copain. Elle marche, respire et parle tout comme il faut. Alors que Gypsy Rose, depuis sa naissance est handicapée.

Sa mère se rend compte de son apnée du sommeil quelques mois après sa naissance. Gypsy dormira toute son enfance et son adolescence avec une assistance respiratoire. Ce qui en soi n’est déjà pas bien fun.

Mais la suite de l’histoire, est une escalade dans l’horreur. Dee Dee Blanchard (et ses proches le confirmeront dans le documentaire) est une TERRIBLE PERSONNE : Dee Dee Blanchard sait que sa fille n’a pas besoin de machine. Dee Dee Blanchard ment. Et Dee Dee Blanchard fait croire à une leucémie : elle rase les cheveux de sa fille, lui fait prendre des médicaments, un traitement contre l’épilepsie (dont elle n’est évidemment pas atteinte), et cloue sa fille dans un fauteuil roulant, de sa naissance jusqu’aux événements de juin 2015. Toute sa vie, Gypsy Rose est élevée comme une petite fille psychologiquement retardée  victime de nombreuses maladies et est infantilisée au maximum. Sa mère a toujours fait croire qu’elle réfléchissait et agissait comme une fille de 5-6 ans de moins que son âge réel. A tel point que Gypsy Rose elle-même ne savait pas exactement quel âge elle avait.

Malgré l’immensité du mensonge, rien n’a jamais été découvert et ce parce que Dee Dee Blanchard est une experte en mensonge, la grande championne de l’illusion. Elle manipule à tour de bras : médecins, policiers, famille etc..

Gypsy rencontre un type pas net sur le web, ils se rencontrent, commencent à flirter, et planifient le meurtre ensemble.

Même si rien ne justifie un meurtre, le traitement qu’inflige Dee Dee à sa fille explique alors le geste : cette mère est bel et bien un monstre…

Mais Dee Dee Blanchard ne manipule pas pour le plaisir, elle serait atteinte du Syndrome de Munchausen par procuration.

Un Münchhausen par procuration

Les personnes atteintes du syndrome de Münchhausen s’infligent des souffrances dans le but d’attirer l’attention et la bienveillance de l’entourage. Il est aussi appelé « trouble factice » : un nom qui fait sens.

Le syndrome de Münchhausen par procuration (SMpP) est une forme du « trouble factice » ; mais au lieu de s’infliger à elles mêmes de graves sévices, les personnes atteintes de ce symptôme le font subir aux personnes dont ils ont la responsabilité médicale, ceux sur qui ils exercent une tutelle et bien souvent ce sont leur enfants.

Bien souvent, les cas de maltraitance des enfants relèvent d’une extrême négligence Ici c’est l’inverse et c’est pour cela que, cette forme de maltraitance passe inaperçue. Qui oserait accuser une mère qui se donne corps et âme pour son enfant malade ? Un syndrome mal connu donc, qui peut laisser des enfants en danger.

Le premier problème, c’est qu’il est aussi parfois diagnostiqué à tort. Certaines mères furent condamnées pour blessures sur leurs bébés alors que c’était faux. (Notamment à cause du Docteur Meadow qui estime que deux nourrissons morts dans une seule famille c’est beaucoup trop de coïncidences.) La controverse liée au SMpP éclate dans les années 2000.

Le pédiatre Meadow, qui introduit le syndrome de Münchhausen par procuration témoigne lui même contre Sally Clark pour la mort de ses bébés. Or elle sera disculpée, et Meadow exclu de l’Ordre des médecins suite à ses erreurs (ou mensonges).

Il y a un deuxième paradoxe induit par ce syndrome. Le syndrome Münchhausen est clairement reconnu dans la classification internationale des maladies, comme un trouble mental.

Lorsque l’on fait des recherches rapides, le syndrome de Münchhausen est directement traité comme une maladie, alors que pour le syndrome par procuration les termes souvent employés sont ceux de « maltraitance » « forme de maltraitance grave » « child abuse ». Ce qui en somme est vrai, puisque les enfants sont maltraités.

Doit-on alors traiter le Syndrome de Münchhausen comme une véritable maladie, ce qui ôterait une part de responsabilité chez l’adulte, ou doit-on traiter ces faits comme des faits de maltraitance purs et simples ?

Aujourd’hui, et même si le débat fait encore rage, le corps médical aurait plutôt décidé de se focaliser sur l’enfant maltraité et sur les médecins qui n’ont rien remarqué. On traiterait donc ce syndrome comme un fait de maltraitance sur enfant, sans prendre plus particulièrement en compte la situation psychologique de l’adulte responsable, atteint du SMpP.

S’il avait été diagnostiqué chez Dee Dee Blanchard et révélé par les médecins qui doutaient à l’époque, peut être que Gypsy aurait passé une vie comme une fillette et une adolescente normale, peut être que sa mère aurait pu être prise en charge et être encore en vie. Il n’en est rien.

Le syndrome de Münchhausen par procuration fait encore débat, autant dans le corps médical que judiciaire qui doivent de toute façon prendre des décisions quant aux parents coupables. Ces affaires sont bien difficiles.

Pour finir, je vous invite donc à aller voir le documentaire Mommy Dead and the Dearest qui bien que hallucinant est très intéressant.

 

Quelques sources :

Syndrome Munchausen par procuration sur wikipédia

How could an expert like Roy Meadow get it so terribly wrong?

Articles sur le sujet :

Justice expéditive sur la mort subite de nourrissons

Association Adikia : pour aider les personnes accusées à tort de maltraitance.

Mathou