Emmanuel Carrère nous livre dans Limonov une biographie romancée d’Edouard Limonov, un homme haut en couleurs…

Un sacré personnage que ce Limonov, poète russe à peine reconnu, une sacrée vie autour du globe.

Adolescent désœuvré, il côtoie la racaille de sa petite ville d’Ukraine en URSS. Il y fait néanmoins ses premières publications en tant que poète et connaît un petit succès local qui le pousse à rejoindre Moscou où il pense pouvoir côtoyer les grands Soljenitsyne (1), Brodsky (2)… Malheureusement, il y survit péniblement grâce à tout autre chose que l’écriture – ce qu’il continue néanmoins à faire inlassablement, pour lui-même.

L’appel de l’Amérique est grand mais reste mystérieux pour tout individu vivant sous le régime fermé de cette URSS.

Il y fera là bas de belles rencontres, aura des expériences plus ou moins avouables puis connaîtra une vie de luxe mais ÇA, ce n’est pas son ADN, à Limonov…

C’est par un passage de 9 ans à Paris, (car c’est là que ça se passe pour un écrivain « branché »), qu’il fait ses premières armes de journaliste, ou plutôt de pigiste.

L’explosion de l’URSS sous l’impulsion de Gorbatchev, une forme de liberté retrouvée, le pousse à rentrer au pays.

Mais décidément Limonov aime être là où ça se passe, il fonce en ex-Yougoslavie qui se déchire et copinera avec (et admirera aussi…) les 2 truands de l’époque : Karadzic (3) et Mladic (4).

Fort de cette expérience, il rentre pour fonder un parti politique, anti Eltsine/Poutine, défendra les idées bolchéviques jusqu’à être emprisonné dans les geôles russes : l’URSS n’existe plus mais V. Poutine veille au grain ! Il y passera les plus belles années de sa vie.

Un homme qui n’a jamais cessé d’écrire et qui traverse l’histoire de son pays en plein changement. C’est le 2ème grand intérêt de cet ouvrage qui nous relate dans sa seconde partie l’après 1989 de la grande Russie immortelle.

Poète moins connu que son idole Soljenitsyne et son Archipel du Goulag mais qui a rempli sa vie comme il l’entendait, une femme dans chaque « ville-étape », les bas fonds des quartiers minables de New York, Moscou, le luxe de Manhattan, le chef charismatique d’un parti naissant mais étouffé dans l’œuf.

1000 vies pour le lecteur et une vie de merde pour lui…

Frank

Référence de l’oeuvre

Limonov, Emmanuel Carrère.

Notes

(1) Soljenitsyne est un écrivain russe. Emprisonné pour avoir critiqué Staline, il dénoncera quelques années plus tard les crimes de l’URSS. Il obtiendra le Prix Nobel de Littérature en 1970.


(2)  Poète Russe qui obtiendra lui aussi le Prix Nobel de littérature en 1987.

(3)  Président de la République Serbe de Bosnie entre 1992 et 1996, il participera au génocide de Srebrenica. Il sera jugé en 2016 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il encourra 40 ans de prison.


(4) Celui qui est surnommé « le boucher des Balkans » n’est autre que le commandant de l’armée Serbe de Bosnie. Il est reconnu coupable de génocide, de complicité de génocide, de crimes contre l’humanité, entre autres. Il est reconnu coupable du massacre du Srebrenica et pour ses crimes durant la guerre de Bosnie.