Le 10 mars dernier, avec la représentation de sa pièce « Tous des oiseaux », Wajdi Mouawad a transcendé, pour une dernière fois, le public du Théâtre National Populaire de Villeurbanne (TNP). Une salle pleine où, durant quatre heures, les émotions s’entremêlent sans répit. On rit, on pleure, on s’insurge, on se questionne. Retour sur l’histoire incandescente d’une famille d’aujourd’hui.

Un coup de foudre singulier en guise de lever de rideaux

Au cœur d’une bibliothèque universitaire, le spectateur plonge dans l’intimité d’une histoire d’amour naissante.

D’un côté, nous avons Eitan, jeune scientifique allemand d’origine israélienne. De l’autre nous retrouvons Wahida, étudiante américaine et arabe, menant une thèse sur Hassan Ibn Muhamed el Wazzan, diplomate musulman, obligé de se convertir au christianisme durant le XVIe siècle.

Des premiers émois aux premiers déchirements, le public se retrouve étroitement associé à ces deux personnages que, a priori, tout oppose.  Sans qu’ils le sachent réellement, c’est tout d’abord leurs origines qui les séparent. Malgré tout, les deux jeunes gens s’envolent pour Israël afin de rencontrer Leah, la grand-mère paternelle d’Eitan qui détient les mystérieux secrets de sa famille.

Cette fabuleuse rencontre amoureuse est le point de départ permettant aux spectateurs de plonger au cœur de l’histoire d’une famille juive, impactée par le conflit israélo-palestinien.

Au cœur d’une terre déchirée, un drame familial bouleversant

Une explosion et des cris. Eithan se retrouve victime d’un attentat suicide. Mais, seule au cœur de l’horreur, Wahida doit faire face à la famille berlinoise de son bien aimé, venue en Israël pour retrouver leur fils. Sa famille, horrifiée par le fait qu’Eitan ait pu choisir pour âme sœur une jeune fille arabe, n’hésitera pas à mettre Wahida plus bas que terre.

Seulement, sous le bruit des avions militaires et des explosions, le secret tant gardé par la grand-mère du jeune scientifique, éclate au grand jour. Dans cette atmosphère pesante, l’on apprend que le père d’Eitan, David, n’est pas le fils biologique de sa mère Leah et de son père, Etgar. Les spectateurs découvrent que David est en réalité un enfant palestinien adopté une quarantaine d’année plus tôt, pendant la guerre.

Avec stupeur, David apprend donc que la construction qu’il avait fait de lui-même est un mensonge. Lui qui détestait tant le peuple arabe, le voilà à présent, David, palestinien adopté par une famille juive.

Comme nous le montre Wajdi Mouawad à travers son œuvre, « l’identité n’est pas l’origine. Elle est seulement un rêve, une utopie ».

Une mise en scène sublimée par le mélange des langues

Hébreu, arabe, allemand, anglais : les langues fusent de tous les côtés. Le public fait un tour du monde sans quitter une seule fois son siège. Cette symphonie linguistique ne fait que renforcer le message que veut transmettre le dramaturge. « Faire entendre la polyphonie des langues pour révéler les frontières et les séparations, tenter de remonter le fleuve du malentendu, de l’incompréhension, de la colère, de l’inadmissible ».

Les sons mêlés à la musique parlent également d’eux-mêmes : explosions, rafales, musiques traditionnelles, électroniques ou encore classiques. Tout cet ensemble est minutieusement pensé pour donner corps et matière à la mise en scène.

 

Bande annonce de la pièce de théâtre « Tous des oiseaux » de Wajdi Mouawad.

 

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Thomas