On entend plus que jamais parler de Maria Montessori. La pédagogie Montessori a connu un essor fulgurant durant ces dernières années avec l’ouverture d’école spécialisées un peu partout en Europe. A la vue des récents rapports sur l’état de notre système éducatif français (PISA notamment), de nombreuses familles se tournent vers des pédagogies alternatives, des écoles où « on apprend mieux ». Ne serait-ce pas finalement une école plus idéaliste qu’ idéale ? Bien loin de la réalité de certaines familles, cette pédagogie a pour projet initial de « contribuer à l’amélioration de l’humanité ». Or aujourd’hui, ces écoles ne sont accessibles qu’à une infime partie de la population.

 

Sur le papier : un programme éducatif dans l’ère du temps

 

Loin d’être une hippie farfelue, Maria Montessori, une italienne, a été l’une des premières à accéder au titre de médecin femme en Europe. Diplômée de sciences sociales, psychologie et éducation, elle crée en 1922 avec le soutien de Mussolini des écoles dont le programme éducatif est innovant, inspiré notamment des travaux du psychologue Jean Piaget (selon lui, l’enfant évolue par étapes et alterne phase d’assimilation et phase d’adaptation à son environnement au cours de ses apprentissages). Dans ces écoles, les enfants sont libres de leurs actions et mouvements, tout en ayant un cadre structuré, avec du matériel spécifique mis à leur disposition. Contrairement à ce qui se fait actuellement à l’école publique, les classes sont peu nombreuses et les enseignant(e)s sont de véritables pédagogues. Le professeur Philippe Meireu, ancien directeur de l’Institut des Sciences et Pratique de l’Éducation et de la Formation de l’Université Lumière Lyon II, décrit plus précisément dans ce documentaire la méthode Montessori.

Appliquer ce modèle aux Zones d’Éducation Prioritaires (ZEP) :

 

Les enfants inscrit(e)s en écoles Montessori sont généralement issus de familles instruites, et dont les parents ont les moyens de payer des frais d’inscription exorbitants (8940 euros l’année par exemple pour l’école Rive Gauche à Paris). Actuellement, il semble donc que les écoles Montessori soient en rupture totale avec le projet initial de Maria Montessori : celui de créer un processus global d’éducation qui permettrait la paix dans le monde via l’éducation. A l’heure actuelle, c’est une école élitiste, qui ne s’implante pas ou peu dans les zones d’éducation prioritaires. C’est pourtant là que le besoin de nouveaux modèles éducatifs se fait le plus sentir.

 

L’après Montessori

 

En parlant de cette pédagogie avec une amie, elle m’a confié avoir travaillé avec des étudiants issus d’une école primaire Montessori et a relevé chez eux une difficulté à s’adapter, notamment aux travaux de groupe et aux exigences du monde du travail. Cette éducation, très centrée sur le bien-être de l’enfant et sur l’écoute de ses ressentis pose un problème : quels adultes deviennent ces enfants auquel on a très tôt appris à se focaliser sur leur ressenti personnel ?

Mon père a toujours considéré notre éducation comme « un apprentissage raisonné de la frustration », et dans un sens, j’adhère à cette définition. Or, la méthode Montessori, par la grande liberté qu’elle laisse aux enfants, peut freiner plus tard le développement des capacités à travailler au sein d’une équipe, où les compromis sont souvent la clef de l’entente. De plus, notre société est actuellement faite de telle sorte qu’il n’existe pas de réelle place pour l’écoute. J’imagine un(e) adulte totalement dérouté(e) parce qu’il/elle ne peut plus courir librement dans son bureau alors qu’il/elle a toujours été habitué(e) à le faire à l’école.

 

En clair, le projet Montessori est novateur, et profondément progressiste. Le souci c’est qu’actuellement, trop peu de gens pourraient se permettre d’accéder à cette éducation très onéreuse. Il serait de plus impossible de mettre en place à grande échelle des classes à 15 élèves là où actuellement les écoles sont surchargées. Ces problèmes en font une école en totale rupture avec l’éducation généralement donnée, et les adultes issu(e)s des écoles Montessori n’ont pas forcément le même système de valeurs que leurs homologues issu(e)s d’écoles traditionnelles. Là où les systèmes de valeurs diffèrent, il y a bien souvent conflit. Et c’est tout sauf ce dont la société a actuellement besoin.

 

Sources :

1- Poussin, Charlotte. La pédagogie Montessori. Presses Universitaires de France, 2017

2- Viaud, Marie-Laure. « Le développement des écoles et pédagogies différentes depuis le début des années 2000 : état des lieux et perspectives », Spécificités, vol. 10, no. 1, 2017, pp. 119-148.

3- http://pisa.educa.ch/fr/enquetes-pisa-2000-2015/pisa-2015

 

Marie Dupuy