Les affaires d’États qui mêlent le journalisme et le pouvoir ne sont pas récentes. On l’a vu avec le Watergate, les journalistes peuvent être extrêmement puissants.
Depuis on a pu voir plein de nouvelles formes d’enquêtes, de lanceurs d’alerte, de Panama Papers, de Paradise Papers. Autant d’affaires médiatiques qui montrent que les journalistes peuvent prendre le contre-pied du pouvoir. Ils sont par exemple accusés de diffamation ou d’acharnement par les électeurs du candidat lorsque le Canard enchaîné révèle toutes les affaires de François Fillon avant les élections présidentielles.
À l’inverse les journalistes sont aussi souvent accusés d’être du côté du pouvoir et non du peuple, ou bien de produire plus un divertissement que de l’information.
Comment le journalisme peut il se positionner dans tous ces remous ? Doit-il être engagé ? Doit-il être neutre ? Peut-il être objectif ?


Le journaliste Idéal


« Il est de coutume en journalisme d’affirmer que les faits sont sacrés »
ACHI ALEX-OSCAR, Le journaliste peut-il être objectif ?, Atelier des médias, 2013.


Le journalisme, comme je l’entends, est un métier qui consiste à relayer une information à des lecteurs/trices. Et une information, c’est un fait. Et un fait n’est pas teinté d’une quelconque opinion. Comme dans chaque profession, il y a des gens qui font bien leur travail, et d’autres moins bien. Donc même si certain.es journalistes peuvent être corrompu.es, on peut imaginer que lorsque l’on commence le job, c’est dans le but de révéler la Vérité avec un grand V.
Par conséquent, quel que soit l’article, il doit relayer les évènements tels qu’ils se sont déroulés. C’est de l’objectivité scientifique, parler des faits comme ils se passent dans la réalité.

L’objectivité scientifique est résumée par le biologiste Henri Atlan en deux points :

  1. “Que les phénomènes soient observés par des méthodes dites objectives, c’est à dire reproductibles et indépendantes, non pas de l’existence des observateurs, mais de la subjectivité de ces observateurs”.
  2. “Que l’interprétation de ces observateurs ne fasse aucunement appel à la subjectivité même partagée sous la forme de jugement a priori, sur le caractère souhaitable ou désirable de tel ou tel résultat, ce qui exclut d’emblée qu’on se préoccupe du caractère bon ou mauvais de tel ou tel résultat ou de telle ou telle théorie.”

 

On demande donc aux journalistes d’être objectifs/ves. C’est ce sur quoi certain.es journalistes insistent lorsqu’ils/elles transmettent leur savoir. L’auteur/trice, ne doit surtout pas prendre parti et intervenir dans l’écriture d’un article sous autre forme qu’un messager impartial.
En revanche, on sait tous et toutes bien que l’objectivité, c’est compliqué. Certains sujets touchent le journaliste, et même les sujets qui paraissent un peu lointains posent des questions et peuvent être clivants.

 

Objectivité réelle ou illusion ?


Aux vues des très nombreux articles et thèses rédigés sur ce sujet , il est évident que la remise en cause de l’objectivité journalistique n’est pas récente. Pourtant, il me paraît important de redire que l’objectivité totale ne peut être atteinte.

L’objectivité scientifique pourrait être transposée dans le journalisme : un individu qui relate des faits avec une volonté de s’en détacher, de prendre du recul. Mais ce serait donc un désir d’objectivité, et non pas une objectivité réelle.
L’objectivité n’existe pas en tant que telle comme ça, ce n’est pas tout noir ou blanc, c’est toujours nuancé. Et ce, pour plusieurs raisons : parce que la personne qui écrit possède une éducation, un contexte social, une famille, des potes, un environnement culturel. Bref, elle voit la vie à travers son prisme personnel. De plus, d’après nos choix et nos expériences, on se construit une opinion et une réflexion. On choisit aussi de prendre tel ou tel parti.
Rien que le fait de choisir de traiter un sujet au lieu d’un autre n’est pas objectif. Peu importe si l’avis que l’on a est positif ou négatif, choisir un sujet, c’est le mettre en lumière, le mettre en avant.

« Dans les faits, la distinction entre nos observations et nos interprétations ne peut logiquement se tracer. Nos théories, nos images mentales du monde, sont l’interprétation de nos expériences et nous interprétons tout ce qu’il nous est donné de percevoir. La perception n’est pas un acte d’observation naïf et impuissant : c’est un acte d’interprétation », Christopher Dornan

Quoi qu’il en soit, peu importe à quel point tu souhaites être parfaitement impartial.e : c’est compliqué.


Pour un journalisme transparent


L’objectivité journalistique, déjà difficile à atteindre, est aujourd’hui encore plus mise à mal par le contexte économique de la profession. C’est un métier difficile, le flot d’informations quotidien est continu et abondant. Il faut faire vite, il faut être lu.e et parfois le recul peut manquer. De plus, si en théorie, chacun.e est libre de sa pensée, en pratique, beaucoup de journaux sont sous le joug de groupes plus puissants, qui imposent eux même leur point de vue par l’information :


Puisque l’objectivité semble, par tous ces facteurs et par sa remise en question fréquente devenue impossible, peut-on la demander systématiquement ?
Le métier de journaliste est régi par des règles, des codes, une éthique et une déontologie qui prônent l’objectivité. Pour leur crédibilité et la crédibilité de leur profession, les journalistes peuvent-ils/elles  faire autrement que de s’en rapprocher au maximum ? Dans cette configuration, les journalistes se retrouvent au pied du mur entre ce que tout le monde attend d’eux/elles (lecteurs/ices, pairs, etc) et ce qu’ils/elles peuvent réellement faire.
C’est pourquoi exiger la neutralité paraît désormais absurde.
Le journalisme impartial est certes un idéal. Mais il reste un objectif inatteignable.
Par un soucis d’éthique et d’honnêteté, l’objectivité ne peut pas être remplacée par la transparence. Le but du journalisme n’est pas de faire du militantisme. Cependant, si la neutralité n’est pas totale, et que les journalistes s’essaient à se positionner idéologiquement dès le départ, tout le monde s’y retrouverait peut-être plus.

 

Mathou

Sources de l’article:


http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/le-journaliste-peut-il-tre-objectif

http://www.cvm.qc.ca/encephi/Syllabus/Mediacomm/Articles/objectivitejournalistique.htm

http://www.persee.fr/doc/comin_1189-3788_1991_num_12_2_1541

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« Le journaliste objectif n’existe pas. Seule l’honnêteté dans son travail compte »

 

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