D’où vient le harcèlement sexuel ? Est-il présent dans le quotidien des étudiant.e.s dans les universités ? Comment se définit-il au sein de la loi et des mentalités des personnes ? Pourquoi est-il encore si peu reconnu et discuté malgré une opinion publique qui s’en empare ? 

“L’interprétation subjective ouvre la possibilité de comprendre ou de percevoir que tout ce qui peut être du harcèlement sexuel – tous les comportements qu’une personne perçoit comme du harcèlement sexuel – sont du harcèlement. Mais cela peut aussi signifier que rien n’est du harcèlement sexuel si personne ne le perçoit ainsi.” 

Le terme “harcèlement sexuel” est ambigu. Par conséquent, il rencontre des problèmes dans la pratique et dans son utilisation. Cette ambigüité est avant tout conceptuelle et prend forme dans la subjectivité de l’individu et l’objectivité de la loi. En effet, le harcèlement sexuel a plusieurs définitions, les seuls points communs entre toutes restent la notion de nuisance à la victime et d’interdiction. C’est pourquoi, le terme et son application relèvent principalement de la perception de l’individu. Or, vient alors l’introduction du critère de “personne raisonnable” qui correspond à une norme afin de faciliter l’évaluation du harcèlement. Ces critères posent question car cela veut dire qu’il n’y a aucun moyen objectif de définir si il y a harcèlement sexuel ou non, c’est au bon vouloir du monde de croire la victime et la perception de cette dernière. C’est là qu’apparaît la notion de zone grise correspondant à un flou entre interprétation et cadre juridique. De plus, cela met en exergue le fait que de nombreuses femmes voient le harcèlement sexuel comme lié à un individu et non de manière structurelle ce qui mène plus facilement à une normalisation des problématiques liées au genre. En outre, est-ce que le harcèlement sexuel peut-être défini comme tel que lorsque les deux parties (harceleur/victime) le perçoivent comme tel ? La réponse facile serait de dire non, seule la victime compte mais dans les faits et le cadre juridique c’est un peu plus compliqué que ça. Ce flou entraîne une identification moindre lorsque les critères subjectifs et objectifs doivent tous deux être pris en compte. 

A l’heure actuelle, la focalisation sur le harcèlement sexuel détourne des problèmes structurels de genre en terme d’égalité, notamment professionnelle, car on se concentre sur les faits et non sur leur cause. Le harcèlement sexuel fait parti d’un schéma structurel qui est la cause des inégalités, du harcèlement et de la discrimination. 

“De toute évidence, pour la majorité des étudiantes de tous les continents, l’attention sexuelle non-désirée est une caractéristique de la vie dans un établissement de l’enseignement supérieur et, pour une minorité importante, les expériences de violence sexuelle marquent leur scolarité.” 

Maintenant que nous avons tenté de définir le harcèlement sexuel, nous pouvons plus nous concentrer sur ses manifestations dans les universités qui sont sujettes à un modèle social et culturel de violences contre les femmes et plus largement sur le genre. Ce contexte a un effet de légitimation et normalisation de la violence. 

Lors d’une enquête réalisée en Grande-Bretagne, il a été révélé que 8% des étudiantes britanniques avait subi un viol et 68% de harcèlement sexuel. Or, on voit émerger une peur de qualifier le viol par le terme adéquat par les victimes/survivantes notamment pour cause d’un sentiment de honte, de ne pas être crues ou blâmées pour ce qui leur est arrivé. Par ailleurs, les violences physiques et mentales faites aux femmes sont le plus souvent réalisées par des personnes connues. 76% des agressions sexuelles graves sont commises par des personnes connues de la femme : un ami, un partenaire, un ex petit-ami… 

Graphique réalisé par Gwenaëlle GARCIA et chiffres tirés de l’article de Ruth LEWIS

Ces violences ont souvent des répercussions graves sur la santé mentale des victimes/survivantes qui, en plus, ne font pas confiance au système judiciaire au vu du peu de condamnation des violeurs. Le taux de signalement demeure alors très faible. 

En effet, les rapports de pouvoir présents au sein des université mènent facilement à des abus. Ceci est notamment lié aux nombreux statuts : étudiant.e.s, vacataires, salarié.e.s, etc, qui ne sont par conséquent pas soumis.e.s aux mêmes réglementations. Même si il n’y a pas de profil type, la plupart des violences sont commises par des hommes ou des personnes ayant un rapport de pouvoir sur leur victime. 

En outre, il est important de rester vigilant.e.s car même s’il n’y a que peu ou pas de cas signalés, le problème est bel est bien présent : 20% des femmes actives entre 18 et 64 ans ont subi du harcèlement sexuel au travail, 3/10 n’en ont parlé à personne et seulement 30% l’ont fait remonter à la direction. 

“Nous sommes sans aucun doute, à un moment où l’attention politique, médiatique et militante sur la violence liée au sexe dans les université s’intensifie, où le dialogue sur la violence basée sur le genre ne se renouvelle dans la société en général.” 

Pour conclure, il faut être vigilant.e.s à ne pas se focaliser uniquement sur les violences sexuelles, mais sur les violences sexistes en général qui font parti de notre quotidien dans des expressions intégrées et, plus largement, une culture dans laquelle agression sexuelle et homophobie sont normalisées, les victimes/survivantes blâmées… Même si les violences sexistes, sexuelles et sur le genre sont de plus en plus discutées, il y a encore un grand travail à faire qui passe par l’information, la tolérance, l’éducation, la bienveillance et l’acceptation de l’autre. 

Sergente Garcia

Sources : 

  • Le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche, Vade-mecun à l’usage des établissement
  • Acte du Colloque International : Violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche, de la prise de conscience à la prise en charge 
    • “Egalité des sexes et harcèlement sexuel”, Guinilla CARSTENSEN 
    • “Lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans les universités”, Ruth LEWIS 
    • “Politiques égalité et harcèlement sexuel: résistances et leviers, leçons tirées de l’expérience du projet européen TRIGGER”