Le 17 mai 2017, Edouard Philippe, le Premier Ministre d’Emmanuel Macron, annonçait la composition de son gouvernement. La surprise ne fut pas le sentiment qui m’a frappé ce jour là. On m’avait promis du renouvellement, je n’ai eu qu’une liste de noms vus, vus et revus, régurgités jusqu’à plus soif, aussi usés que les institutions de la Vème République. Était-ce surprenant ? Non pas vraiment. Alors que faire dans un pays qui nous donne l’impression de ne pas nous représenter, de ne pas travailler à notre service ? La peur d’abord, le découragement, et puis peut être finalement, le sursaut.

Un second tour comme un couteau sous la gorge

Le 7 mai, les Français.es ont donc été sommé.es de choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Amer constat lorsque vous aviez espéré un changement progressiste pour l’avenir. Il fallait donc choisir, conservatisme ou libéralisme, faites votre choix et respirez un bon coup, vos convictions vous les sortirez une prochaine fois. La chasse aux abstentionnistes a alors débuté, les parallèles entre les élections de 2017 et la seconde guerre mondiale étaient de sortie, mais ce n’était pas le moment pour réfléchir, il fallait se plier au vote.

Je le rappelle ici, ne pas voter ne veut pas dire voter pour l’extrême droite : ce qui fait monter le score du FN, ce sont les votes FN, rien d’autre. Ah si, peut-être la publicité qui leur a été faite aussi. Il est triste qu’en 2017 il faille rappeler qu’un gouvernement d’extrême droite serait désastreux économiquement, socialement, politiquement.

Et de l’autre côté il y avait le mouvement « En marche ! », qui comble certainement les jeunes cadres dynamiques qui rêvent de transformer la France en start-up, renouvelant la devise en « Liberté, égalité, propale ». Peut-être qu’elleux ça les fait rêver, moi pas vraiment, me tirer une balle dans le pied n’est pas mon activité dominicale favorite.

Alors que fallait il faire ? Tiraillé.es entre vouloir condamner l’extrême droite à tout prix et refuser de voter pour quelqu’un qui allait faire de notre avenir une longue série de CDD, nous étions pourtant condamné.es à choisir. Alors « « nous » » avons élu Emmanuel Macron. Mais rappelons quand même qu’une grande partie de ses électeur/ices l’ont fait pour faire barrage au FN. Alors de là à parler de « large victoire », merci mais non merci. Sous la façade du choix, le sentiment âpre de s’être fait berner.

Vous reprendrez bien un peu de précarité ?

C’était la grande promesse de ce programme : Emmanuel Macron n’est « ni de droite ni de gauche ». Nul besoin d’être expert en la matière pour constater que cet adage veut ici dire « ni de gauche ni de gauche ». Regardons de plus près la composition de son gouvernement pour nous en convaincre.

— Tout d’abord commençons par celui qui a été nommé Premier ministre, Edouard Philippe. Choisir un homme politique appartenant au parti politique des Républicains en dit long sur cette volonté de faire une politique qui n’est « ni de droite ni de gauche » (vous saisirez mon ironie). Un énarque, comme le reste de son gouvernement, dont le CV ne semble, vu d’ici, pas hurler « RENOUVEAU ». L’homme s’est illustré par ses positions « anti-écologistes », et ses abstentions sur des sujets aussi importants que le mariage pour tous quand il était député. Je sais pas vous, mais moi ça ne me dit rien qui vaille.

— Le ministre de l’Intérieur nouvellement nommé, Gérard Collomb, s’est illustré dans son opposition à la GPA et la PMA et par ses absences remarquées au Sénat (je vous laisse apprécier ses déclarations sur son salaire). Enfin, les habitant.es de Lyon auront pu remarquer, s’ils/elles ont pris place dans les manifestations anti- loi travail notamment, que la répression s’est faite sentir. Récemment, le groupe d’extrême droite du GUD (Groupe Union Défense) a prévu d’ouvrir un foyer réservé aux “français de souche”. Un projet d’une telle gravité et d’une telle dangerosité mérite l’attention rapide du futur ministre. Ce qui pour l’instant, se fait attendre.

— L’homme en charge de l’Éducation Nationale, Jean Michel Blanquer, n’est rien d’autre que le directeur de l’ESSEC, une grande école de commerce. Cohérent donc, même si cela peut être effrayant pour certain.es de voir que celui qui a joué un rôle dans les politiques de coupes budgétaires sous Sarkozy occupe ici un poste d’une telle importance. Affaire à suivre.

— Et mon égalité dans tout ça ? Il me paraît important d’évoquer la disparition du ministère des Droits des femmes, transformé en SECRETARIAT d’Etat, chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes. Hm hm hm. La ministre en charge de ce projet s’est récemment illustrée lorsque des extraits d’un de ses anciens ouvrages sont ressortis, et ça fait froid dans le dos. Bon bah, on repassera la prochaine fois hein. Nous noterons également que tous les postes de ministères régaliens ont été confiés à des hommes.

Impossible bien sûr de faire ici le tour complet de ce gouvernement, mais les quelques exemples de postes clés donnent un aperçu des choix politiques d’Emmanuel Macron. Je vous conseille également de vous intéresser aux figures de Bruno Le Maire, de Gérald Darmanin et ses tweets savoureux (non), entre autres. Alors à celles et ceux qui nous chantonnent la même chanson, qui nous refont le couplet d’un ministère nouveau, dynamique, qui va s’activer pour la jeunesse, je vous conseille de vous pencher plus sur ces figures. C’est facile de vendre un produit, mais vérifiez à deux fois ce que vous achetez.

Et du coup, qu’est ce qu’on fait maintenant ?

Certain.es se disent que ces 5 ans seront longs, que ce sera surement pire mais qu’au fond, « qu’est ce qu’on peut y faire ? ». Le mieux est encore de se manifester quand les décisions de ce gouvernement ne nous plairont pas, de s’unir pour former une opposition solide. Car si nous ne nous mobilisons pas maintenant, c’est l’extrême droite qui va se porter en force d’opposition et à qui le tapis rouge sera déroulé pour les élections présidentielles de 2022. Ce n’est pas assez de se réveiller tous les 5 ans car le danger est derrière la porte, c’est pendant tout ce quinquennat qu’il va falloir se mobiliser. Allez on y croit.

Pour finir, je vous quitte avec ces paroles de Max Weber, qui me font étrangement penser au mandat présidentiel des 5 ans à venir : « Peu importe quels seront les groupes politiques qui triompheront : ce n’est pas la floraison de l’été qui nous attend, mais tout d’abord une nuit polaire, glaciale, sombre et rude ».

Doé

Photo d’illustration de l’article : https://www.flickr.com/photos/number7cloud/34356062021/sizes/c/ par Lorie Shaull.