C’est un concept. Le cinéma et l’intelligence (au service du néologisme(1)) sont deux choses qu’il faut parfois dissocier et parfois non. Je m’explique. D’un côté nous avons l’œuvre cinématographique et d’un autre le spectateur installé confortablement avec son cerveau. Le terme intelligence ne concerne pas le QI du spectateur mais son regard critique et ce qu’il est prêt à croire ou non. Croire quoi ? Le plat qu’est en train de lui servir le film qu’il regarde.

Il vaut mieux un bon exemple qu’une mauvaise explication alors je vais procéder ainsi. Le spectateur qui regarde un film de la franchise Fast and Furious ne va pas s’embêter avec des questions de cohérence technique, scientifique et historique mais va simplement savourer le spectacle. Il ne prendra rien de ce qu’il voit pour acquis étant donné qu’il est conscient de l’impossibilité de ce qu’il voit à l’écran. Mais devant une œuvre comme Gladiator qui reprend une époque de l’histoire de l’humanité, le spectateur peut avoir du mal à faire la différence entre les informations aux services du cinéma et la véracité historique de ce qu’il voit. Le pire des cas est le spectateur qui prend pour argent comptant tout ce que le film lui montre. Dans Gladiator, Maximus est surnommé l’espagnol alors que l’Espagne, à l’époque de l’Antiquité, n’existe pas. C’est un anachronisme et le film en est truffé.

Le projet est de proposer une série d’articles sur ce thème. Le but de cette entreprise est donc de dégager le vrai du faux d’un film. Plus particulièrement, faire un point sur les qualités techniques, historiques et scientifiques d’une œuvre. Ce qu’il faut croire et ne pas croire.

Ils pourront avoir plusieurs formes tel que des tops (des anecdotes), des dossiers d’analyses complets sur un film ou encore de courtes explications sur plusieurs films. Il ne sera nullement question d’une critique de la qualité de l’œuvre.

Voici donc trois films accompagnés de courtes remarques en guise d’apéritif pour la suite.

300

de Zack Snyder, 2006 :

On commence par le plus simple. Pour rappel, le film narre la célèbre bataille des Thermopyles qui se déroula en -480 avant Jésus-Christ. Cette guerre opposa le roi de Spartes, le grec Léonidas, face à l’armée Perse du Roi Xerxès. C’est la seconde guerre Médique. Si le film porte ce nom, c’est une référence aux 300 soldats que réquisitionna Léonidas pour affronter son ennemi.

Pour celles et ceux qui ont visionné le film, pas la peine de débattre sur les quelques aspects grotesques et stylisés de l’œuvre. Ces effets sont voulus et assumés par le réalisateur en plus d’être tiré de la BD du même nom, dessinée par Frank Miller. Il vaut mieux s’attarder sur les aspects qui paraissent historiques.

Le film affiche un Léonidas dans la force de l’âge, le plus puissant guerrier de la cité  prêt à en découdre physiquement avec n’importe quel soldat de l’armée perse. Incarnation d’un idéal masculin à l’écran. En vérité, lors de cette bataille, Léonidas a 60 ans (né en -540) et meurt assez tôt pendant cette guerre et non en dernier soldat debout comme le montre le film. En comparaison, le Roi Xerxès du film ne ressemble en rien à la réalité, aucune source historique ne peut prouver son apparence mystique de demi-dieu au comportement maniéré, affublé d’une tenue fantaisiste. Cet aspect est plutôt au service de la rivalité des deux rois, qui doit être marqué par deux physiques opposés. Ils représentent chacun leur peuple mais ils ne sont pas représentatifs de l’aspect historique de leur société et de l’individu (les perses portaient la barbe en général).

Le traître Ephialtès, comme illustré dans le film, a en effet vendu les grecs en renseignant le Roi Xerxès sur le point faible de la tactique grecque. Toutefois, il n’était pas de Sparte mais de Malia. C’est à ce moment-là que les grecs dûrent se replier pour éviter une grosse perte et préparer une défense correcte contre Xerxès. C’est ainsi que Léonidas décida de rester sur le champ de bataille avec 300 spartiates et 700 thébains pour laisser le temps aux autres cités grecques et à la coalition de se préparer.

La scène de la tempête, lorsque les navires perses s’écrasent contre la côte est aussi vraie et fait référence à la violente tempête de trois jours qui détruisit 400 navires perses au Cap Sépias.

D’autres détails ne coïncident pas avec la réalité historique : l’armée des immortels était appelée ainsi car chaque mort se faisait tout de suite remplacé. C’est Léonidas qui envoie un message à Xerxès. Les spartiates sont censés être assez proches entre eux (d’un point de vue sexuel).

Il y a donc un fond historique au service du cinéma hollywoodien. C’est un blockbuster qui lie incohérence historique et véracité pour un spectacle grand public.

Troie

de Wolfang Petersen, 2004 :

Ce péplum (2) basé sur l’œuvre d’Homère, l’Iliade, retrace l’histoire de la Guerre de Troie qui oppose les Achéens et les Troyens pendant l’Antiquité. Bien que les faits relatés dans le livre sont très controversés (sur l’origine de l’auteur, la véracité des propos historiques quant à la guerre de Troie, les caractères mythologiques, etc.) vous aurez compris qu’on ne s’intéresse qu’aux concordances historiques et non au fait que les événements se soient déroulés ainsi, étant donné qu’il y a débat sur ce propos.

Les historiens estiment que la Guerre de Troie s’est déroulée vers 1250 avant J.-C., à la fin de la civilisation mycénienne. C’est alors l’Âge du Bronze. Dans le film, on peut remarquer beaucoup de statuts, de temples pour les Dieux et du marbre parfaitement travaillé en un bloc, ce qui n’était pas le cas pour l’époque, surtout en étant inspiré par l’ère classique de la Grèce Antique. De plus, les ruines grecques que l’on peut voir relèvent déjà d’un anachronisme. Elles devraient plutôt être en excellent état.

Toujours en rapport avec l’Âge de Bronze, les équipements tels que les boucliers et les armes blanches du film devraient être faits de bronze, mais on peut remarquer que non.

En ce qui concerne la mythologie, on peut voir quelques erreurs, comme le détail des pièces de monnaie sur les yeux des morts pour le passeur. Dans les faits, il faut mettre une pièce de monnaie dans la bouche et non sur les yeux.

Braveheart

de Mel Gibson, 1995 :

Le film historique de Mel Gibson retrace la vie de William Wallace au 13e siècle. Le célèbre « Freeeeeeeedoooooooom » du film traduit le symbole de résistance qu’était l’écossais Wallace face à l’oppression anglaise sous le roi Edouard 1er d’Angleterre. Pourtant, ce film est rempli de maladresses historiques qui ne reflètent pas la vraie image de Wallace et des batailles qu’il a entreprises.

En effet, les sources sont rares et les historiens ne sont pas tous d’accord mais il semblerait que la jeunesse du héros ne fut pas misérable comme nous le montre le film, il serait né d’une aristocratie écossaise et aurait reçu toute l’éducation primordiale par son oncle selon la tradition du fosterage (3). De plus, on le voit porter un kilt alors que cette tenue fut inventée par Thomas Rawlinson en 1725, un industriel anglais qui habitait en Ecosse.

William Wallace n’a jamais eu d’aventure avec Isabelle de France (interprétée par Sophie Marceau) qui à l’époque n’avait que 4 ans.

Enfin, la Bataille de Stirling ne s’est pas déroulée, comme le film le montre, dans une plaine avec un beau gazon vert mais dans la ville du même nom. De plus, le fait d’armes paraît moins glorieux lorsqu’on sait que Wallace profite de l’étroitesse du pont de Stirling pour fondre en embuscade sur la grosse poignée de soldats, au lieu d’affronter l’armée entière en se tenant devant elle.

Ce sont bien entendu des remarques non exhaustives pour chacun de ces films mais elles sont un bon exemple de l’angle que je souhaite aborder dans l’apprentissage du spectateur. On parle ici d’art, c’est-à-dire de création par l’imagination, qui offre un contenu modélisé par l’auteur. L’art n’est pas nécessairement au service de la vérité si l’auteur en a décidé ainsi. C’est pourquoi les incohérences historiques peuvent se traduire par le besoin de l’art d’être l’art : spectaculaire, esthétique, émotionnel, ambitieux, sans oublier l’aspect pécunier qui joue souvent un rôle décisif dans la justesse du récit. Et puis, comme le disait François Truffaut : “Le cinéma est un mélange parfait de vérité et de spectacle.”

Cloud

Notes de bas de page
(1)  Création d’un mot nouveau, parfois en fusionnant deux mots déjà existants
(2) Genre cinématographique qui reconstitue des épisodes de l’histoire Antique ou de la mythologie de l’Antiquité.
(3)  Pratique qui consiste à confier un enfant à un membre de la famille (l’oncle en général) pour son éducation

Sources

Histoire-pour-tous [en ligne] URL : http://www.histoire-pour-tous.fr/films-series/41-films/4688-300-quand-le-cinema-refait-lhistoire.html [consulté le 28 octobre 2017]
Wikipédia [en ligne] URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9onidas_Ier_de_Sparte [Consulté le 28 octobre 2017]
Histoire du monde [en ligne] URL : http://www.histoiredumonde.net/Les-Thermopyles.html [Consulté le 28 octobre 2017]
Erreur de films [en ligne] URL : http://www.erreursdefilms.com [Consulté le 28 octobre 2017]
Larousse [en ligne] URL : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/guerre_de_Troie/147504 [Consulté le 30 octobre 2017]
Cairn [en ligne] URL : https://www.cairn.info/revue-annales-2005-5-page-975.htm [Consulté le 30 octobre 2017]
Mythologie [en ligne] URL http://www.mythologie.ca/dieux/charon.html [Consulté le 30 octobre 2017]
Bnf [en ligne] URL http://expositions.bnf.fr/homere/arret/08.htm [Consulté le 30 octobre 2017]
Histoire [en ligne] URL http://www.histoire-fr.com/mensonges_histoire_kilt.htm [Consulté le 30 octobre 2017]
Histoire du monde [en ligne] http://www.histoiredumonde.net/William-Wallace.html [Consulté le 30 octobre 2017]
The hande [en ligne] https://thehande.wordpress.com/2011/12/05/braveheart-the-10-historical-inaccuracies-you-need-to-know-before-watching-the-movie/ [Consulté le 30 octobre 2017]
Minarchiste [en ligne https://minarchiste.wordpress.com/2015/02/26/lexactitude-historique-dans-les-films-hollywoodiens/ [Consulté le 30 octobre 2017]