Alham : une vision inédite sur la radicalisation

L’été, beaucoup d’entre nous passent leur temps à lire au soleil, à oublier nos soucis, partir vers de nouveaux horizons… C’est comme ça que j’ai pris une des plus grosses claques de ma vie. Un petit peu par hasard, sous l’impulsion d’un membre de ma famille, j’ai ouvert le livre Alham de Marc Trévidic.

En quelques mots, cet auteur est magistrat français de formation. Juge d’instruction entre 2006 et 2015 au Tribunal de Grande Instance de Paris au pôle antiterroriste, ces dix années de sa vie expliquent en partie l’écriture de son roman. Déjà auteur de plusieurs essais sur le djihadisme, il décide de nous surprendre avec cette histoire mêlant art, radicalisme et révolution.

Au vu de tout ce qu’il se passe depuis ces dernières années, la question de la radicalisation, du terrorisme est au cœur de notre société. Beaucoup d’entre nous essayent de comprendre les mécanismes de la radicalisation, de comprendre comment on en est arrivé.es là… Alham nous offre une sorte de réponse à ces questions.

Une autre histoire de la radicalisation

« En face ce n’était pas son frère. C’était autre chose. […] La machine qui parlait n’avait pas d’émotion ou les cachait soigneusement. »

Le livre se déroule dans une Tunisie du tout début des années 2000, non pas à l’époque de l’État Islamique mais de son grand frère Al-Quaïda. Au début du roman, Trévidic nous montre la beauté du pays, la simplicité des gens qui y vivent… puis la deuxième partie nous montre avec un réalisme inquiétant la radicalisation et les conséquences qu’elle peut avoir sur une famille Tunisienne.

Un choix de représentation pertinent

Ce qui est particulièrement bouleversant dans Alham ce sont les choix faits par l’auteur. En effet, nous vivons l’histoire à plusieurs voix mais nous rentrons dedans avec le regard de Paul, un artiste peintre français. Ainsi, nous pouvons nous identifier fortement à ce personnage qui découvre le pays et son contexte politique en même temps que nous. En liant d’amitié Paul avec un pêcheur sans prétention, Trévidic nous offre également l’évolution d’une famille dont les personnalités internes s’opposent. Grâce à ces choix narratifs, il nous montre un panel impressionnant de points de vue, avec des personnages aussi intéressants psychologiquement les uns que les autres.

La révolution par les arts

« Elle qui, hier, ne voyait aucun avenir, avait l’impression que tout était devenu possible. À condition d’être là et de ne pas se faire voler la révolution par les anciens du régime ou par les islamistes. »

Ce qui fait d’Alham un chef d’œuvre littéraire est, qu’au-delà de la simple radicalisation, il nous parle d’art et il nous en parle bien. Paul, le personnage principal, va rapidement devenir l’enseignant des enfants de son ami le pêcheur. Il va apprendre la peinture à son fils Issam et le piano à sa fille Alham. Alors que l’art va devenir aliénant pour Issam, un réel outrage à Allah, il va devenir un moyen de libération pour Alham qui incarne des valeurs progressistes et révolutionnaires tout au long de sa construction en tant que femme.

Une relation libératrice

« Les islamistes avaient échoué. Alham était plus belle que jamais et les longues traces sur son dos ne témoignaient que de leur cruauté. »

Le duo Alham/Paul est aussi des plus bouleversants. Entre initiation artistique et amitié, Paul aide Alham à se construire jusqu’à ce qu’elle devienne une personne qu’il n’aurait jamais imaginée. Les deux ont une relation complémentaire dans le sens où Paul permet à Alham de découvrir le mode de vie et les valeurs occidentales tandis qu’elle, au contraire, lui montre, lui enseigne implicitement les manières de faire de son pays.

Un roman, un vrai

Très honnêtement, ce livre a véritablement ébranlé ma vision du monde, de l’autre, de la Tunisie, de la religion et de la radicalisation. Trévidic use d’un réalisme percutant tout en ajoutant l’art comme remède à un problème insoluble. Le choix des mots est d’une finesse hors pair qui donne une lecture facile, à la fois dans l’émotion et la réflexion. C’est le genre de roman que l’on ouvre et que l’on ne lâche pas avant d’en avoir lu la dernière ligne.

En résumé, un énorme coup de cœur, que je conseille à tout le monde : que ce soit dans le but de mieux comprendre certains enjeux contemporains ou simplement de lire un chef-d’œuvre artistique.

Croyez-moi, une fois que vous aurez fermé ce livre, vous en serez changé.es.

 

Sergente Garcia

Sources :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Marc_Tr%C3%A9vidic

https://www.google.fr/amp/m.culturebox.francetvinfo.fr/amp/livres/romans/alham-ou-la-revolution-litteraire-du-juge-trevidic-233417

 

« »

© 2019 Parabole. Theme by Anders Norén.