Le 22 octobre dernier, Aed Abu Amro, la vingtaine, est devenu un des symboles de la lutte à Gaza. Brandissant d’une part un drapeau de la Palestine, et d’autre part un lance-pierre, ce jeune homme torse nu, manifestant contre le blocus de la bande de Gaza par Israël, a été photographié par Mustafa Hassona, de l’agence turque Anadolu.

« Nous revendiquons notre droit au retour et protestons pour notre dignité et celle des générations futures. »

Vivant dans le quartier al-Zaytoun dans la ville de Gaza, Aed Abu Amro dit manifester avec des amis. C’est d’ailleurs à Beit Lahiya, dans le nord de Gaza, que son geste a été immortalisé.

« Je participe à des manifestations hebdomadaires, parfois plus. Je ne savais même pas qu’il y avait un photographe près de moi. » (1), a-t-il dit sur Al Jazeera, qui est une chaîne de télévision qatarienne.

« Le drapeau que je portais est le même que celui que j’ai toujours tenu dans toutes les autres manifestations auxquelles j’ai assisté. Mes amis se moquent de moi en disant qu’il est plus facile de lancer des pierres sans tenir un drapeau dans l’autre main, mais je m’y suis habitué. » (2)

Quelques clés pour comprendre la situation de la bande de Gaza et l’impact du blocus actuel :

Un cliché artistique et puissant

Cet instant de lutte, immortalisé par Mustafa Hassona, a été repris des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Toujours à Al Jazeera, le jeune Palestinien a précisé :

« J’ai été surpris que cette photo de moi soit virale » (3).  

Comme l’ont souligné de nombreux internautes, ce qui saute aux yeux, c’est l’architecture de la photographie qui nous rappelle la célèbre œuvre d’art de Delacroix  La Liberté guidant le peuple  :

La Liberté guidant le peuple  est une huile sur toile achevée le 28 juillet 1830 par Eugène Delacroix. Cette peinture met en scène un affrontement à Paris lors de la révolution des Trois Glorieuses. La Révolution Parisienne est dès lors incarnée par une femme libre issue du peuple, coiffée du bonnet phrygien et tenant le drapeau français.

Sur le cliché de Mustafa Hassona, le jeune manifestant, sur fond d’une épaisse fumée noire, brandit dans la main droite le drapeau palestinien, symbole de lutte, et une fronde dans la main gauche :

Le drapeau, porté fièrement par Aed Abu Amro, se détache du reste de la photographie : là où la fumée se dissipe, l’étendard palestinien baigne fièrement dans la clarté apportée par le ciel.

Derrière l’énergie qui se dégage au premier plan, on retrouve des reporters de guerre et d’autres civils dans le fond. Le contraste entre le calme apparent de ces personnages et l’allure d’Aed Abu Amro ne fait qu’accentuer la puissance de ce cliché.  

On sent le vent, la fumée piquante. On sent l’urgence et la force avec laquelle la fronde est lancée dans les airs. On remarque également la vigueur avec laquelle le manifestant tient le drapeau, véritable point d’ancrage du personnage dans la photographie.

« Si je me fais tuer, je veux être enveloppé dans ce drapeau » (4)

Le jeune palestinien avait également confié cela à Al Jazeera.

Le 5 novembre dernier, d’après plusieurs sources médiatiques et autres activistes palestiniens, Aed Abu Amro aurait été blessé par des snipers israéliens lors d’une manifestation en soutien à un navire palestinien qui avait mis les voiles contre le blocus naval israélien.

Depuis sa photographie devenue célèbre sur les réseaux sociaux, Aed Abu Amro est devenu une « icône » de la résistance palestinienne vis-à-vis du blocus en cours à Gaza.

Tom

Sources :
Notes de bas de page

(1) « I was surprised this picture of me went viral, » he told Al Jazeera. « I participate in protests on a weekly basis, sometimes more. I didn’t even know there was a photographer near me. »

(2) « The flag I was carrying is the same one I always hold in all the other protests I’ve attended. My friends make fun of me, saying it is easier to throw rocks without holding a flag in the other hand, but I got used to it.”

(3) ”I was surprised this picture of me went viral”

(4) « If I get killed, I want to be wrapped in the same flag.”