L’histoire à Fin(s)

L’enfant et le coton géant

Il était une fois un jeune garçon très curieux habitant dans un village, au pied d’une grande montagne. Cette dernière était gigantesque et avait une particularité : à son sommet était fixée une grande boule blanche faite de coton. Les gens du village n’avaient jamais tenté de récupérer ce coton, car il appartenait à la montagne. Cette dernière acceptait, en échange de sa tranquillité, de les garder près d’elle, à l’abri des intempéries.

Mais le petit garçon était vraiment très curieux et décida, un soir après que ses parents et ses frères et soeurs se soient couchés, de partir à l’ascension de la montagne et de ses hauteurs ; pour voir de ses yeux et toucher de ses mains la mystérieuse substance. Il prit donc ses bottes, des vêtements épais pour le froid et partit.

Il marcha ainsi toute la nuit de plus en plus fatigué, avançant péniblement avec le gel et le vent. C’est après des heures de marche sous les étoiles, au moment où le soleil commençait à apparaître à l’horizon, que le garçon arrivait enfin, juste en dessous de la grande surface blanche. Il tendit alors le bras pour la toucher, mais cette dernière échappa à ses mains. Il continua donc à monter, pour disparaître entièrement dans l’épaisse couche blanchâtre.

De leur côté, les parents du petit garçon découvrirent à leur réveil que leur enfant avait disparu et commencèrent à s‘inquiéter. Ils se mirent alors à le chercher désespérément dans tout le village, puis dans les champs alentours. Mais personne ne le trouva. A la fin de la journée, leur dernier espoir se tourna vers la montagne et son sommet. Ils regardèrent la gigantesque boule de coton. C’est à ce moment que cette dernière se déplaça, pour lentement se détacher de la montagne, continuant même après l’avoir quittée, son avancée vers l’horizon. Elle avait laissé le mont entièrement nu pour les villageois. Les recherches continuèrent alors dans la montagne et à son sommet. Mais, malgré les pleurs de son père et de sa mère ; jamais on ne retrouva le petit garçon.

On dit que depuis ce jour, l’enfant vit dans le ciel à l’intérieur de la boule blanche, à laquelle on donna le nom du petit garçon, Nuage.

Encore aujourd’hui, Nuage repasse parfois voir son village natal du haut du ciel. On dit aussi que lorsqu’il est triste, la pluie tombe sur les champs alentours, que lorsqu’il est en colère, c’est la foudre qui s’abat sur la montagne, et enfin, que lorsqu’il est heureux, il laisse le ciel entièrement bleu et voyage au travers des mondes, à la recherche de merveilles.

 

L1M4 et 5T0CKH0LM

Il était une fois un robot à la conscience et à la taille d’enfant, qui adorait le ciel. Particulièrement, il aimait voir les nuages passer lentement d’un bord à l’autre des deux cercles de verre qui lui servaient de capteurs visuels. Il vivait avec sa famille depuis très longtemps, près d’un grand lac dont l’accès lui était interdit. Il n’aimait pas se faire disputer et ne désobéissait jamais. A aucune occasion, contrairement à certain.es de ses frères et sœurs, il n’avait envie de contourner les règles. La vie lui plaisait particulièrement, tant qu’il avait son ciel et ses nuages à contempler.

Un jour, un étranger arriva pendant que le petit robot regardait le ciel. Il ne vit arriver l’inconnu car ses capteurs n’avaient pas une assez grande périphérie et il ne comprit pas tout de suite ce qu’il se passait. En tant que robot d’un modèle ancien, il ne possédait pas d’épiderme et ne sentit donc pas les mains de l’individu. Il n’était en fait qu’une « boîte de métal » en partie rouillée. C’est ainsi que l’étranger emporta le petit robot loin de sa famille et n’avait pas l’air de s’inquiéter de la tristesse de ses parents.

Sur le trajet, le kidnappeur avait l’air surpris de remarquer que le robot était encore en marche. La décharge où il l’avait récupéré était depuis des dizaines d’années abandonnée, polluant doucement le lac de ses milliers d’épaves. En trouver dans un état correct était une chance à ne pas gâcher, et il ne comptait pas s’en séparer sans un bon prix. Le business du vintage n’était pas chose aisée et souvent, il coûtait plus cher de « retaper » les carcasses pour ensuite les vendre, que de les vendre directement et à moitié cassée. Mais le revendeur-kidnappeur n’avait pas que de la saleté sur les « verres », il avait de l’ambition et pensait déjà aux richesses qui l’attendaient grâce à son business de vieux robots. Le petit modèle assis à côté de lui était la première étape de son futur dans les grandes villes.

Le petit robot lui, se demandait à quel moment cet étranger avait pu concevoir l’idée de s’approprier sa personne. Depuis plusieurs minutes, il lui parlait de ses projets, mais tout ce que voyait le petit robot, c’était qu’il s’éloignait de sa famille et qu’assis sur le siège du véhicule, le ciel n’était pas très visible. Le petit robot n’était pas d’accord et demandait — à chaque fin de phrase de l’individu —, qu’on le ramène aux abords du lac et sous les nuages, mais le monsieur n’avait pas l’air de s’en soucier. Il lui demanda son nom. Le petit robot s’appelait L1M4, et bien qu’il n’eut à aucun moment l’envie de donner son nom à l’inconnu, il obéit. En réponse, le conducteur, plein d’entrain au vu de se faire un ami de courte durée et toujours sous l’euphorie de sa gloire à venir, lui dit que son nom était Stockholm. Bien que tous deux se soient présentés, Stockholm ne sembla pas changer d’avis sur le destin qu’il réservait à L1M4.

Ils arrivèrent enfin au garage. Comme le rôle de revendeur l’exigeait, Stockholm s’attela à changer les pièces du petit robot, lui fixant un nouveau bras gauche, nettoyant ses verres, et faisant presque briller la demi-sphère qui lui servait de tête. L1M4 ne voyait pas l’utilité d’avoir de nouvelles pièces car tout ce dont il avait besoin, c’était de fonctionnalités visuelles opérationnelles et d’un postérieur pour s’asseoir. Il connaissait ses attributions et il savait qu’à part regarder le ciel et suivre les nuages, il ne pouvait faire grand chose. Pour avoir de nouvelles fonctionnalités, il devait être reprogrammé mais il doutait que cette possibilité soit envisageable. Il en fit donc part à son kidnappeur.

Bien entendu, ce dernier ne voulait rien entendre et plusieurs heures après le début de la restauration, il se décida à emmener le robot à son « refourgueur fétiche ». Le voyage ne fut pas très long. Mais en arrivant dans le magasin tout sourire et le petit robot au bras, le comptoir était désert. C’est en regardant par-dessus la caisse qu’il vit l’épave encore chaude du magasinier. Evidemment, Stockholm n’avait aucun moyen de réparer et de faire refonctionner son acheteur, faire démarrer un robot adulte nécessitait un matériel particulier. Il retourna donc à sa voiture, posa sur le siège passager le petit robot et réfléchit à une solution. Il devait à tout prix vendre sa superbe trouvaille.

Le petit robot réfléchit lui aussi à la solution la plus efficace pour que l’homme le repose sur sa plage. Il convaint que la meilleure solution était de lui faire comprendre que tout ceci ne servait à rien. Il se compara donc à son kidnappeur, il comptait bien lui faire comprendre que son métier de revendeur n’était qu’une croyance de son programme, que comme lui, il n’était qu’un semblant de vérité. Le kidnappeur-homme-réparateur était un androïde, un robot à forme humaine. En tant que tel et comme le petit robot, il n’avait pas de sentiments propres, il était entièrement programmé. Son créateur lui avait sûrement installé l’esprit d’un bricoleur fauché qui rêvait de faire fortune. Pour prouver ce qu’il disait, L1M4 avoua qu’il avait des images de sa vie passée, celle d’un enfant à qui on avait raconté l’histoire d’un nuage. Il voyait encore parfois, lors de dysfonctionnements de ses circuits, les visages de ses parents. Après avoir raconté son bout d’histoire, il demanda et implora l’homme-androïde de le ramener chez lui, près du lac et de sa famille.

Stockholm, avec le temps, avait oublié sa condition de machine. Il regarda ses mains et y vit les mécanismes, les plaques de ses bras et les teintes de peaux humaines aujourd’hui effacées. Puis il se tourna vers le petit robot.

Fin A : Bien que voulant se remettre en question, jamais Stockholm ne pourra changer sa nature. Les systèmes d’un robot sont figés et seule une mise à jour aurait pu changer l’homme ou l’enfant robot. S’ils croient aimer, s’énerver, se rebeller contre leurs programmes, c’est uniquement parce que ces derniers leur en donnent l’autorisation.

Contemplant la fatalité de leur existence, ils trouvèrent une solution viable. Ils convinrent que L1M4 resterait assis sur la remorque du véhicule, pour pouvoir contempler le ciel chacune des journées de son existence. Stockholm, lui, continuera sans cesse de conduire jusqu’à trouver un nouvel acheteur.

Fin B : Malgré la fatalité qu’est l’état de robot, Stockholm arriva à changer, ses pensées humaines s’étant développées au fil des années. C’est à partir de son essence et son intelligence d’être-humain émancipé de son simple rôle de robot, qu’il développa ses propres réflexions. A cet instant, il prit pleinement conscience de son libre-arbitre.

Voyant où ses actes l’avaient mené, lui, mais aussi L1M4, il décida de ramener ce dernier sur la plage où il vivait. Il le laissa et repartit en quête d’un avenir fait de découvertes et de grandes réflexions.

Étant un androïde émancipé, la probabilité de trouver d’autres individus de son espèce au travers du monde était envisageable. Des milliers d’années plus tard, peut-être qu’une nouvelle civilisation, celle des androïdes, peuplerait la planète…

 

Atchoum

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