Voilà maintenant plus de 2 mois que je fréquente l’Université du Québec à Montréal (UQAM). J’ai quitté ma blanche campagne lyonnaise pour faire connaissance avec les écureuils Montréalais. Si je suis partie c’est dans le cadre d’un programme d’échange universitaire. J’ai donc pu rencontrer de nouvelles méthodes d’enseignement, de pédagogie, un nouveau cadre de travail qui m’ont vraiment séduite. Je me suis dit qu’il serait intéressant de regarder les différences fondamentales entre les systèmes d’éducation de mon université française et de mon université Québécoise.

Nb : cette expérience est personnelle et ne reflète pas une vérité absolue. Elle concerne seulement deux établissements et n’a pas la prétention de dresser un bilan sur l’éducation au Canada ou en France.

 

L’accueil

Arriver dans une nouvelle université n’est pas franchement facile : on ne connaît pas les locaux, on a pas d’ami.es encore, il faut se débrouiller pour rendre les derniers papiers administratifs. En somme les premiers jours sont un peu stressants, on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé. L’Université où je suis arrivée (l’UQAM donc, pour celles et ceux qui suivent pas au fond) a été géniale sur ce point. Le service d’accueil pour les étudiant.es étranger.es propose de nombreux services : accueil à l’aéroport pour te guider vers la ville, ateliers pour te rappeler les étapes importantes dans les documents que tu dois rendre à l’administration et sorties diverses et variées pour découvrir la ville et faire de nouvelles rencontres. C’est grâce à ces sorties que j’ai rencontré la majorité de mes ami.es, c’est également une possibilité de faire des choses qui auraient été compliqué tout.e seul.e (cueillette de pommes à l’extérieur de Montréal, visite de la capitale du Canada Ottawa, etc.).

Une amie américaine qui était venue faire ses études en France m’a expliqué que son accueil n’avait pas du tout été le même. On l’avait laissé seule dans ses démarches et il n’y avait pas d’accompagnement pour faire des rencontres. Alors oui on se débrouille quand même mais c’est vraiment plus confortable d’être accompagné.e.

Une autre chose qui m’a frappé, c’est la gentillesse et la rapidité de l’administration d’ici. Lors des premiers jours il faut encore régler certains détails et réajuster nos choix de cours. Les mails que j’ai envoyés pour modifier mon emploi du temps ou demander des informations ont reçu une réponse vraiment rapide et utile. Une secrétaire m’a même dit « je serais ravie de vous aider » : avant personne dans l’administration n’avait jamais été « ravie de m’aider », jamais.

 

Le rythme de travail

Étant en programme d’échange, je n’ai que 12 heures de cours par semaine mais au moins le double en travail personnel. J’ai moins d’heures de cours qu’en France et pourtant je travaille beaucoup plus. C’est le système universitaire ici qui fait que l’on a une quantité non négligeable de travail tout au long de la session et pas un gros rush 2 semaines avant les partiels comme en France. Ce n’est pas pour me déplaire, au moins le contrôle est plus continu. Il y a également davantage de travaux à rendre que de devoirs sur table.

L’accent est mis aussi sur l’importance des sources, des recherches bibliographiques. Je trouve que l’exigence dans notre travail est plus importante ici.

Les professeur.es sont assez dynamiques, ils ne restent pas assis.es à leur bureau à réciter un cours. Bien au contraire, ils/elles cherchent un dialogue avec les étudiant.es. De nombreux.ses interventant.es (professionnel.les, ancien.nes étudiant.es) ont déjà assisté à nos cours et cela a permis d’apporter un peu de pratique à la théorie et d’élargir les horizons d’une matière.

Il y a également ici des « assistant.es » qui sont des étudiant.es en maîtrise (équivalent du Master en France) et qui sont là pour nous aider en dehors des cours si le/a professeur.e n’est pas disponible. Ils/elles ont une salle attitrée et nous pouvons les contacter pour venir discuter avec eux/elles si jamais nous sommes bloqué.es dans un travail. Ce système, inédit pour moi, est vraiment appréciable car on se sent épaulé dans notre scolarité.

 

La place des étudiant.es

J’ai le sentiment en étant étudiante ici que je suis prise en compte dans la communauté, que j’ai le droit de donner mon avis (peut être que ceci n’est qu’un écran de fumée hein, je dis pas le contraire). Mais en tout cas dès le premier cours, tout.es les enseignant.es nous ont demandé si leur modalité d’évaluation nous convenait. Il fallait que deux personnes de la classe signent pour prouver que nous étions d’accord. L’une de mes professeures a même quitté la salle pour nous laisser discuter entre nous et que sa présence ne penche pas dans la balance. A la moitié du semestre, les étudiant.es doivent également évaluer l’enseignement dans chacun de leur cours et expliquer quels ont été les succès, les échecs, les choses à revoir. C’est assez important de voir que l’on peut nous laisser un mot à dire.

Quand je suis arrivée à l’UQAM j’ai tout de suite remarqué les affiches et les panneaux sur le consentement. Un peu partout des slogans sont brandit pour dire que « sans oui, c’est non ». Les associations facultaires sont ici très nombreuses et importantes et permettent la mise en place de ce genre de campagne. Il y a quelques années les Universités du Canada ont vécues une vague de plainte pour viols, harcèlement sexuel, etc. Depuis, des politiques ont été mises en place pour avertir et prévenir. A la fin de chaque document distribué en cours il y a un rappel de l’article condamnant le harcèlement sexuel. Il y a donc une véritable attention qui est portée à ce fléau. En tant que fille cela me soulage (un peu) que dans un établissement public et avec plus de 40 000 étudiant.es on tente une sensibilisation. PRENDS EN NOTE LA FRANCE PRENDS EN NOTE.

 

Attention à l’idéalisation

Depuis que je suis ici je n’ai de cesse de m’émerveiller devant mon université québécoise. Or je crois qu’il faut se méfier de ce genre d’attitude.

Tout d’abord, au Canada l’Université a un coût, et pas des moindres. Etant étudiante étrangère j’ai été exonérée de frais de scolarité mais pour un semestre comme celui que je passe (avec 4 cours différents et pour seulement 1 session), cela m’aurait coûté plus de 2000 dollars canadien soit plus de 1300 euros (environ). L’égalité des chances, tu repasseras hein.

De plus, je ne suis pas là depuis longtemps et il est donc facile de tout voir en rose. Je ne connais pas les conditions de travail du personnel ici, je ne sais pas si à long terme l’administration est aussi efficace, je ne sais pas si l’on m’a déroulé le tapis rouge car je suis étudiante étrangère, et que donc on ne m’a montré que les bons côtés. Des québécois.es, que j’ai rencontré, étaient agacé.es par certains aspects de l’UQAM, étant ici depuis longtemps. Je crois donc qu’il ne faut pas voir un eldorado là où il n’y en a pas. Je suis très satisfaite de mon séjour ici, mais c’est peut-être bien parce que je ne suis qu’une étrangère dans ce système !

PS : Ici les toilettes de l’Université sont propres, ont des poubelles, de la lumière et même des portes manteaux !! Je n’avais jamais connu cela dans ma chère patrie.

 

Doé